Le transfert de nombreux détenus de Conakry vers plusieurs établissements pénitentiaires à travers le pays, notamment la prison située dans la commune urbaine de Coyah, pose désormais une interrogation majeure : comment les tribunaux et cours de Kaloum, Mafanco ou Dixinn pourront-ils organiser les audiences avec des prévenus détenus à plusieurs dizaines de kilomètres de leurs sièges ?
Alors que les juridictions restent concentrées au cœur de Conakry, une part importante de la population carcérale est désormais éloignée des palais de justice. Cette nouvelle configuration risque de compliquer considérablement le déroulement des procédures, particulièrement pour les détenus dont les dossiers sont déjà enrôlés ou en attente de jugement.
La question du transport se pose avec acuité. À supposer qu’une audience soit programmée à Kaloum, Mafanco ou Dixinn, à quelle heure les détenus de Coyah devront-ils quitter leur prison pour arriver à temps devant les magistrats ? Seront-ils réveillés à 4 heures du matin afin de contourner les embouteillages monstres qui paralysent quotidiennement l’axe Coyah–Conakry ?
Et après l’audience, quel dispositif sera retenu ? Les détenus devront-ils attendre jusqu’à 22 heures, ou plus tard encore, pour être reconduits vers Coyah dans des conditions de circulation moins contraignantes ?
Une telle organisation ne risque-t-elle pas d’allonger les journées de détention, d’épuiser les pensionnaires, mais aussi les agents pénitentiaires et de renforcer les difficultés de sécurité autour des convois ?
Au-delà du coût du carburant, de la disponibilité des véhicules et de la mobilisation des forces de sécurité, la question touche directement au droit à un procès équitable. Des retards répétés dans l’acheminement des détenus pourraient entraîner des renvois d’audiences, rallonger les délais de jugement et maintenir davantage de prévenus en détention provisoire.
Face à cette situation, les autorités judiciaires disposent-elles d’un plan alternatif ? Plusieurs options peuvent être envisagées : l’organisation d’audiences foraines à Coyah, l’aménagement d’une annexe judiciaire à proximité de la prison, ou encore le recours encadré à la visioconférence pour certaines audiences, dans le respect des droits de la défense et du principe du contradictoire.
La construction ou l’utilisation d’espaces judiciaires sur place à Coyah pourrait réduire les contraintes de déplacement. Mais une telle solution exigerait la présence régulière de magistrats, greffiers, avocats, procureurs et agents de sécurité, ainsi que des garanties solides de publicité des débats et d’accès pour les familles.
Le transfert des détenus répond peut-être à une nécessité de désengorgement ou de sécurité. Mais sans mécanisme clair pour assurer leur comparution devant les juridictions compétentes, il pourrait créer un nouveau goulot d’étranglement : celui d’une justice géographiquement éloignée de ceux qu’elle doit juger.
Entre convois à l’aube, audiences reportées et risques sécuritaires, la question mérite une réponse urgente : la prison de Coyah est-elle prête à devenir, de fait, une extension des tribunaux de Conakry ?
A-Tchol pour Billetdujour.com




































