Par Justin Morel Junior / Il y a quatorze ans, j’arrivais à peine au bureau quand mon oncle paternel, Charles Morel, l’actuel patriarche de notre famille, m’attendait devant ma porte. Du haut de ses 84 ans bien sonnés, il arborait cet air pressé et heureux de celui qui a une nouvelle à partager. Sans un mot, il m’a pris par la main et m’a ordonné d’aller chercher mon appareil photo numérique. « Vite, il faut voir ça ! », semblait dire son regard.

J’ai foncé dans mon bureau, arraché l’appareil de son étui et suis retourné vers lui. « Ah, tu vas voir quelque chose de rare, ton site va me payer cher ! », m’a-t-il lancé, un large sourire aux lèvres. Nous avons avancé comme des soldats en mission, jusqu’à ce qu’il s’arrête, triomphant : « T’as jamais vu ça ?! »

Effectivement, je n’avais jamais assisté à une telle scène : là, entre cailloux et pierraille, pousses vertes et petits bois morts, deux escargots étaient couchés, presque collés l’un à l’autre, reliés par une sorte de ligament blanc, semblant passer de bons moments.

Alors, dans ma tête, ont jailli les souvenirs de mes cours de biologie au Lycée 2 Octobre, ce que peu de gens savent, j’ai passé et obtenu mes deux bacs dans cette série, à l’époque porte d’entrée vers la fac de médecine ou de pharmacie. J’avais un temps rêvé d’être « docteur », avant d’être happé par la communication. Une autre histoire.

Mais revenons aux chers escargots de mon oncle. Ma mémoire a ouvert le chapitre de la reproduction de certaines espèces animales. L’escargot est un animal bisexué. À la fois mâle et femelle, on dit aussi que c’est un hermaphrodite. Néanmoins, cet hermaphrodisme n’est pas simultané mais protérandrique : les produits génitaux mâles (spermatozoïdes) arrivent à maturité avant les produits génitaux femelles. Un même individu est donc capable de produire des spermatozoïdes et des ovules, mais l’autofécondation étant impossible, il doit s’accoupler avec un partenaire : c’est la fécondation croisée.

Ils s’accouplent en hivernage sous les tropiques, ou quand les conditions d’humidité et de fraîcheur sont réunies. « Pour s’accoupler, les escargots se réunissent par le côté de la tête et chacun fait passer dans le corps de l’autre une sorte d’étui qui contient les semences mâles. Chacun d’eux pond quelques jours après l’accouplement. Pour pondre, les escargots creusent un trou profond de quelques centimètres dans le sol. Ils pondent environ une vingtaine d’œufs. Quand il a fini de pondre, l’escargot rebouche le trou puis tasse la terre et il ne s’occupe plus de sa ponte. »

Enfin, retenons que les escargots doivent toujours être à deux pour faire des petits.

Après cette descente cognitive dans les salles de classe du Lycée 2 Octobre, c’est mon oncle qui allait être encore plus heureux de savoir que sa découverte de ce matin-là aura été partagée, par la magie du net, avec des milliers et des milliers de personnes.

Nous étions en juillet 2012. Et voilà qu’hier, mardi 1er septembre 2026, à plus de 98 ans, il revient me voir pour m’offrir quatre escargots, en souvenir de la scène que nous avions vécue, il y a quatorze ans. Ah, la vie !!

Il avait vraiment raison, l’Oncle Charles de m’attendre, car attendre c’est apprendre… Souhaitons-lui d’être au moins centenaire !

Via Facebook Justin Morel Junior