Figure tutélaire de l’opposition, ancien Premier ministre et symbole d’une certaine idée de la résistance politique, Sidya Touré s’est éteint ce vendredi 25 septembre 2026 à Paris, à l’âge de 81 ans, des suites d’une maladie. 

Une fin loin de la terre natale

Sidya Touré est mort en exil, loin de la Guinée qu’il a tant servie et combattue.  Depuis 2022, il vivait en Côte d’Ivoire après une dégradation de ses relations avec les autorités militaires issues du coup d’État de septembre 2021, avant de se rendre en France pour y être soigné.  Sa disparition intervient dans un contexte politique tendu, où les partis restent suspendus et où la transition peine à dessiner un horizon électoral clair.

Né en 1945 à Dimbokro (Côte d’Ivoire), Sidya Touré a marqué l’histoire guinéenne comme Premier ministre de 1996 à 1999 sous Lansana Conté, où il a conduit d’ambitieuses réformes économiques et renoué avec les partenaires internationaux.  Après son départ de la Primature, il a basculé dans l’opposition en 2000, prenant la tête de l’Union des Forces Républicaines (UFR), parti centriste et libéral devenu l’un des piliers de la contestation démocratique.

Opposant tenace sous Alpha Condé puis face au régime issu du CNRD, il a incarné une ligne de résistance civile, alternant dialogues de crise et critiques frontales, sans jamais renoncer à la rue ni à la négociation.  En 2016, il avait accepté le poste de Haut Représentant du Chef de l’État avant de démissionner en 2018, jugeant les tensions politiques trop fortes pour mener à bien sa mission de médiation.

La nouvelle de son décès a plongé la classe politique guinéenne dans le deuil, suscitant une vague d’hommages de tous bords.  Pour ses partisans, Sidya Touré reste « l’opposant éternel », un homme de principe qui a refusé les compromis avec ce qu’il considérait comme des dérives autoritaires.  Pour ses adversaires d’hier, il demeure un interlocuteur incontournable, dont la disparition laisse un vide dans le paysage politique.

Avec Sidya Touré, c’est une page de l’histoire politique guinéenne qui se tourne.  Son héritage est double : celui d’un réformateur ayant tenté de moderniser l’État, et celui d’un opposant inflexible, prêt à payer le prix fort, y compris l’exil, pour ses convictions.  Dans une Guinée en quête de stabilité et de calendrier électoral, sa mort pose aussi la question de la relève au sein d’une opposition fragmentée et sous pression.

A-Tchol pour Billetdujour.com