Deux affaires de violences faites aux filles ont profondément ému l’opinion publique guinéenne en 2026. À Mandiana, un procès s’est soldé par la condamnation de Moussa Condé à 15 ans de réclusion criminelle et à une amende de 700 millions de francs guinéens,  soit 79 636 000 dollars américain. À Boffa, en revanche, la mort de N’Touma Camara, à la suite d’une mutilation génitale féminine forcée, reste encore au stade de la procédure administrative.

À Mandiana, une condamnation après un viol collectif

Le Tribunal de première instance de Mandiana a rendu son verdict le jeudi 30 juillet 2026 dans l’affaire du viol collectif commis à Djoma-Balandougou, dans l’est de la Guinée. Moussa Condé, présenté comme le principal accusé, a été reconnu coupable de viol et d’enregistrement d’une représentation à caractère pornographique impliquant des mineures.

La juridiction l’a condamné à 15 ans de réclusion criminelle, assortis d’une amende de 700 millions de francs guinéens. Le parquet avait requis 20 ans de réclusion. La défense avait annoncé son intention de faire appel.

Au cours des débats, l’accusé a reconnu avoir participé aux agressions sexuelles commises sur les victimes. Il a cependant nié toute implication dans l’enregistrement et la diffusion des vidéos montrant les faits.

Ces images, largement partagées sur les réseaux sociaux, avaient provoqué une vive indignation au sein de l’opinion publique et de plusieurs organisations de défense des droits humains. Selon les informations rapportées, trois autres suspects sont détenus et une cinquième personne demeure recherchée. Il convient de rappeler, que Mandiana se trouve à 730 kilomètres de Conakry.

À Boffa, la mort de N’Touma Camara

Quelques semaines plus tard, après ce verdict, une autre affaire a suscité l’émotion, cette fois dans le district de Koukoudé, relevant de la sous-préfecture de Douprou, dans la préfecture de Boffa.

N’Touma Camara, une fillette victime d’une mutilation génitale féminine forcée, est décédée dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 septembre 2026, à la suite d’une forte hémorragie. Koukoudé est situé à environ 153 kilomètres de Conakry.

Informée du drame, l’inspectrice régionale de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Fanta Kaba, le lendemain du décès, le 3 septembre.

Une procédure a ensuite été engagée par la compagnie de gendarmerie territoriale de Boffa.

Toutefois, contrairement au dossier de Mandiana, l’affaire de Koukoudé n’a pas encore connu d’épilogue judiciaire : elle demeure au stade administratif et des investigations.

Deux drames, deux réponses judiciaires

Ces deux affaires mettent en évidence la persistance des violences faites aux filles en Guinée : les violences sexuelles d’un côté, les mutilations génitales féminines de l’autre.

À Mandiana, la justice a rendu une décision et prononcé une peine lourde, même si la défense a annoncé un appel. À Koukoudé, une enfant a perdu la vie, mais la procédure n’a pas encore abouti à une condamnation publique des responsables présumés.

Cette différence de rythme soulève une interrogation majeure : pourquoi faut-il attendre qu’une affaire devienne virale ou qu’une enfant perde la vie pour que les mécanismes de protection et de justice se mettent pleinement en mouvement ?

Elle pose également une autre question : les condamnations prononcées suffisent-elles à prévenir de nouveaux crimes, lorsque les violences restent profondément enracinées dans certaines pratiques sociales et dans le silence des communautés ?

La sensibilisation comme réponse durable

Face à la récurrence des violences basées sur le genre, la Coordination des Jeunes Cadres Volontaires pour le Futur, la CJCVF, projette une campagne de sensibilisation en Haute-Guinée, une région où les violences faites aux femmes et aux filles demeurent préoccupantes.

« La CJCVF a choisi d’aller directement à la rencontre des communautés à la base pour dialoguer, écouter, sensibiliser et orienter à travers des émissions radiophoniques. Nous comptons rencontrer les autorités, les leaders communautaires, les femmes, les jeunes et les acteurs de la société civile », a déclaré Naby Laye Moussa Soumah, coordinateur général de l’organisation.

Le Centre national de coordination du mécanisme d’alerte précoce et de réponse aux risques sécuritaires, placé sous la tutelle de la Primature et rattaché au dispositif de la CEDEAO, insiste lui aussi sur la nécessité d’une action permanente.

Selon son responsable, le colonel Mamadou Aliou Diakité, la protection du genre relève de la sécurité humaine et constitue une préoccupation suivie au niveau régional. Il estime que les statistiques remontées depuis le début de l’année 2026 font apparaître une progression des violences basées sur le genre en Haute-Guinée.

« La sensibilisation n’a pas encore atteint le niveau que nous espérons. Il faut continuer à sensibiliser. Ce n’est pas facile, mais il ne faut pas baisser les bras. La lutte doit être permanente », a-t-il déclaré.

La Guinée, deuxième au monde pour la prévalence des MGF

La Guinée reste l’un des pays les plus touchés par les mutilations génitales féminines. Les données généralement citées par les organismes internationaux indiquent qu’environ 94,5% à 97% des filles et des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi une forme de mutilation génitale féminine, selon les sources et les enquêtes retenues. La Guinée est ainsi classée au deuxième rang mondial en matière de prévalence, derrière la Somalie.

Pourtant, la pratique est interdite par la législation guinéenne. Le décès de N’Touma Camara rappelle que, derrière les statistiques, se trouvent des enfants exposées aux hémorragies, aux infections, aux traumatismes et parfois à la mort.

Entre la condamnation prononcée à Mandiana et la procédure encore en cours à Koukoudé, une même exigence demeure : que la protection des filles ne s’arrête pas aux discours, mais se traduise par des enquêtes rapides, des poursuites effectives, des condamnations lorsque les faits sont établis et un accompagnement réel des victimes et de leurs familles.

Richard Tamoné pour Billetdujour.com