La Maison du Leadership et d’Accompagnement des Filles et Femmes de Guinée (Malaff Guinée) a lancé, ce mardi, la campagne continentale «Pause for Purpose Guinée», un appel urgent à suspendre temporairement la ratification de la Convention de l’Union africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles, adoptée en février 2025.

«Pause for Purpose n’est pas un rejet de la convention. Ce n’est pas une opposition à l’Union africaine», a martelé Mme Oumou Hawa Diallo, Directrice Exécutive de Malaff Guinée, lors d’une conférence de presse tenue à Conakry.  «C’est exactement l’inverse. Nous demandons une pause parce que nous voulons que cette convention soit suffisamment portée pour atteindre son objectif.»

Selon elle, plus de deux tiers des articles du texte nécessitent une révision ou une clarification, et 93% des participantes aux consultations continentales n’avaient pas pris part à son élaboration.  «Comment construire un instrument juridique qui prétend transformer la vie de millions de femmes et de filles sans garantir leur participation significative ?» s’est-elle interrogée.

Les préoccupations soulevées sont multiples : définitions trop étroites (notamment sur le cyberespace et les violences numériques), protection et accès à la justice insuffisants pour les survivantes, absence de reconnaissance explicite de certaines pratiques néfastes comme les mutilations génitales féminines ou le mariage d’enfants, et protection inadéquate des défenseurs des droits humains.

«Un traité doit commencer par définir clairement les concepts sur lesquels reposent ses obligations», a souligné Mme Diallo, ajoutant que «la justice doit protéger les survivantes et non les faire supporter une seconde violence pour obtenir justice».

Mme Fatoumata Binta Souare Hann, Directrice Exécutive de Wafrica, a rappelé le rôle de veille et d’influence de la société civile. «Sans la société civile, les populations auront du mal à défendre leurs droits et leurs intérêts», a-t-elle affirmé, saluant le travail de terrain des ONG guinéennes.

Elle a interpellé les autorités guinéennes : «La Guinée a aujourd’hui l’occasion de contribuer à un débat continental majeur. Nous appelons l’État à écouter les préoccupations de la société civile féministe et à soutenir un processus de révision transparent, inclusif et participatif.»

La campagne «Pause for Purpose Guinée» formule cinq exigences :

Un espace de consultation pour identifier les articles à clarifier ou renforcer

Un alignement solide avec le Protocole de Maputo et les normes internationales

Un processus inclusif intégrant femmes, filles, survivantes, jeunes, personnes en situation de handicap et défenseurs des droits

Le renforcement des obligations étatiques en matière de prévention, protection, justice et soutien.

L’introduction de mécanismes de suivi, d’indicateurs mesurables et de budgets dédiés

«Faire une pause aujourd’hui, ce n’est pas reculer. C’est prendre le temps de mieux construire», a conclu Mme Diallo.

La Guinée est désormais invitée à montrer l’exemple en soutenant une convention réellement à la hauteur des réalités des femmes et des filles africaines.

Sampalon pour Billetdujour.com