La Guinée a célébré ce dimanche, à la maison de la presse de la Minière, la Journée internationale de la liberté de la presse, marquant l’occasion par un face‑à‑face symbolique entre la critique syndicale et la défense institutionnelle. Le Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG) a, une fois de plus, tiré la langue contre un environnement jugé hostile, tandis que le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, a répondu par un savant équilibre entre reconnaissance des avancées et fermeté réglementaire.
Dans sa déclaration officielle, le SPPG martèle que « sans presse libre, il n’y a ni démocratie, ni droits humains, ni bonne gouvernance », et appelle les autorités guinéennes à garantir un cadre sûr et indépendant pour le journalisme, conformément aux engagements internationaux du pays. Le syndicat dresse un tableau sombre de la profession : une triple crise mêlant précarité économique, insécurité physique et musellement technique. Les journalistes survivent souvent avec des salaires dérisoires ou impayés, sans contrat ni accès à la sécurité sociale, ce qui les expose au risque de corruption et affaiblit le journalisme d’investigation, au cœur de la lutte contre la mauvaise gouvernance.
Sur le plan de la sécurité, le SPPG dénonce toujours l’impunité qui entoure agressions, détentions abusives, menaces, harcèlement et même cas récents d’enlèvements, comme ceux de Habib Marouane Camara et Sanoussy Keita. Le syndicat appelle la justice à accélérer et rendre publiques les enquêtes, et à poursuivre les auteurs, afin de briser ce climat de peur qui pousse de nombreuses rédactions à l’autocensure. Le SPPG va plus loin : il pointe du doigt un musellement technique et administratif, avec des coupures répétées d’accès à Internet et aux réseaux sociaux, ainsi que des décisions de la HAC jugées liberticides et intimidantes, au point que la corporation peine désormais à y réagir.
Le SPPG en appelle à un réformage de la loi, à la création de conditions sécuritaires pour le retour des journalistes en exil, à la signature de la Convention collective avec le patronat, et surtout à la réforme de la HAC, désormais rebaptisée CRCA, avec l’intégration officielle du syndicat dans sa gouvernance. Le syndicat demande également d’être associé à la répartition des subventions publiques, et à la levée de toute restriction à l’accès à Internet, source de liberté d’information et de circulation des idées.
Face à ce constat acerbe, le président de la HAC, Boubacar Yacine Diallo, est monté à la tribune pour répondre, non pas par la polémique, mais par une autodéfense modulée et une réaffirmation du rôle de régulateur. Il rappelle que la qualité d’un journaliste réside avant tout dans sa probité et son honnêteté, plaidant que « tout ce qu’on demande aux journalistes, c’est d’être honnêtes », et refusant catégoriquement l’idée de « mauvais journalistes ».
Il insiste sur la responsabilité de la profession, évoquant le fait que le pays a dépénalisé les délits de presse, ce qui, selon lui, a parfois conduit à une forme d’irresponsabilité médiatique, chacun se sentant immunisé de toute sanction pénale.
Sur le plan institutionnel, il met en avant des gestes de soutien de l’État, à commencer par la mise à disposition de la maison de la presse, symbole de reconnaissance de la profession, et la dérogation accordée aux journalistes pendant le couvre‑feu, qui a permis la circulation nocturne pour l’information. Il se rengorge de cette avancée, rappelant qu’il est rare dans plusieurs pays africains de voir l’État bâtir ou céder un bâtiment à un syndicat de journalistes.
Abordant les critiques sur les sanctions de la HAC, Diallo affirme avec fermeté : la loi sanctionne, et la HAC n’est que le bras applicatif. Il lance un appel aux syndicats et associations de presse de se montrer plus responsables, plus structurés, et de renforcer leur propre capacité à juguler les dérives au sein de la profession, au lieu de pointer uniquement la HAC. Il rappelle que, lorsqu’un média présente des excuses et des engagements de correction, la HAC n’hésite pas à lever les sanctions, ce qui démontre une certaine souplesse et discernement dans l’exercice de son pouvoir.
En définitive, la journée du 3 mai 2026 en Guinée cristallise un tandem de tensions et de timidités : le SPPG hurle ses demandes de sécurité, de justice sociale, de réforme institutionnelle et de respect de la liberté de la presse, tandis que la HAC, par la voix de son président, se positionne comme un régulateur ferme mais réformable, soucieux de légitimité tout en réclamant davantage de responsabilité de la part de la profession. Le message implicite est clair : la liberté de la presse se joue autant dans la lutte contre les violences et la précarité que dans la capacité des journalistes à se discipliner eux‑mêmes, afin que la liberté ne devienne pas le prétexte de n’importe quel abus.
Smarboy pour Billetdujour.com





































