La levée récente de la suspension d’Évasion TV par la Haute Autorité de la Communication (HAC), après que la chaîne avait été exclue du bouquet CANAL+, marque un tournant dans la posture de l’organe de régulation des médias en Guinée. Cette décision illustre une orientation croissante vers la clémence et la recherche de dialogue, plutôt que vers la sanction purement punitive à l’encontre des professionnels et des entreprises de presse.

Sur le plan réglementaire, la HAC a, dans le passé, été perçue comme un organe rigide, prompt à prononcer des suspensions ou des amendes en cas de manquement présumé au Code de déontologie ou aux règles de diffusion. La décision de lever la suspension d’Évasion TV après examen des griefs et des possibilités de correction, au lieu d’enfermer la chaîne dans une sanction ferme, montre une volonté de ménager l’existence même des médias tout en imposant des garde‑fous. On y lit une logique de « sanction réparatrice » plutôt que de châtiment pur, avec une invitation implicite à la correction interne plutôt qu’à la fermeture ou à l’isolement.

Cette clémence s’inscrit dans une tendance plus large observée ces derniers mois : la HAC a multiplié les mises en garde, rappels à l’ordre et injonctions de correction, souvent assorties de délais de mise en conformité, plutôt que de décisions d’interdiction définitive. Des stations radio et chaînes de télévision ont ainsi été invitées à revoir leurs programmes, à s’excuser publiquement ou à produire des contre‑programmes, sans que la porte de l’extinction soit systématiquement fermée. Ce durcissement adouci permet à la HAC de maintenir sa légitimité réglementaire tout en préservant le pluralisme du paysage médiatique.

Sur le plan politique et symbolique, cette souplesse renforce l’image de la HAC comme organe qui cherche à équilibrer contrôle et dialogue. Elle évite ainsi de se présenter comme une censure pure, tout en restant en mesure de rappeler fermement les limites de la liberté de presse, notamment en période électorale ou de crise sociale.

Le cas d’Évasion TV après l’interdiction sur CANAL+ devient, à ce titre, un précédent emblématique : il montre qu’une sanction médiatique peut être levée si la chaîne accepte de corriger ses pratiques, de respecter les partenaires techniques et de s’aligner aux normes déontologiques.

Enfin, cette clémence récente de la HAC envers Évasion TV et d’autres médias peut être lue comme une réponse aux critiques des acteurs de presse et des organisations de la société civile, qui dénonçaient la rigidité de certaines décisions. En adoptant une approche plus graduée des sanctions, la HAC semble vouloir réconcilier fermeté régalienne et pragmatisme, en s’inscrivant dans une logique de correction des comportements plutôt que de punition des personnes.

A-Tchol pour Billetdujour.com