En Côte d’Ivoire, alors que le district autonome d’Abidjan procède à des séries de démolitions de quartiers précaires ces derniers jours à cause de la saison des pluies, un scandale fait surface : plusieurs dizaines d’hectares du quartier Campement, dans la commune de Koumassi, ont été détruits sur l’ordre d’un certain Jacques Brou. Problème : selon le procureur de la République, cet homme n’en avait pas l’autorisation.
Une enquête a été ouverte.
Mercredi 3 juin, les habitants du quartier Campement à Abidjan, en Côte d’Ivoire, ont été pris de court par des pelleteuses et des bulldozers. Des ouvriers ont tout cassé : maisons, immeubles, commerces. Ils ont agi sur instruction d’un homme, Jacques Brou, qui était épaulé par les forces de l’ordre.
Sur les réseaux sociaux, cette personnalité a diffusé une vidéo. Dans celle-ci, Jacques Brou brandit un document, affirmant détenir une autorisation pour raser près de 34 hectares dans cette zone. Une semaine après, les habitants du quartier sont plongés dans la précarité.
L’un d’eux, Issouf, erre au milieu des ruines de sa maison. Ce père de cinq enfants dort aujourd’hui à même le sol, dans une mosquée, après la destruction de son domicile du jour au lendemain : « C’est vraiment un coup dur pour nous. On a été surpris. On ne savait même pas ce qu’on devait faire. On n’a pas été prévenu, rien. Le moment où je suis revenu pour prendre ma télé, les corps habillés m’ont empêché de rentrer. Donc on est sorti, on a tout laissé derrière nous parce qu’on ne savait pas comment faire ».
Au moins 184 personnes en situation d’urgence
Au quartier Campement, il ne reste que des tas de gravats, des toits en tôles cassés, des meubles brisés… Au milieu des débris, sous la pluie, certains habitants cherchent encore des habits. D’autres des documents administratifs. Les familles squattent où elles trouvent de la place. Moussa Dembelé, père de famille, est désemparé : « Les enfants sont éparpillés. On a cherché à les confier aux parents : certains sont à gauche, d’autres sont à droite. Moi-même, je suis dehors. Ma femme aussi ».
Plusieurs dizaines de familles ont trouvé refuge à l’école BAD. Elles sont aidées par un groupe de jeunes bénévoles, qui centralisent les dons et tentent de répondre chaque jour à leurs besoins. « Il y a 184 sinistrés enregistrés à notre niveau. L’urgence, c’est de trouver un point de chute, reloger ces familles dans d’autres maisons », explique Mandjou Touré, président de cette cellule de crise.
Ordre d’interpeller Jacques Brou, en fuite
La vidéo diffusée par Jacques Brou pour justifier ces destructions a attiré l’attention des autorités. Après vérifications, ce document « n’autorise aucune démolition de constructions », écrit le procureur de la République, soulignant que la demande de M. Brou portait sur seulement cinq habitations. Cette demande a, par ailleurs, été rejetée par le tribunal.
Cette révélation suscite indignation et colère, tant de la société civile que des partis politiques. « Brou est allé accompagné des forces de l’ordre. Qui les a mis en mission ? », s’interroge Charles Blé Goudé, le leader du Cojep. Ce dernier a saisi un avocat pour demander des réparations pour les familles sans abris.
De son côté, le procureur de la République, Oumar Braman Koné, a ouvert une enquête : ces démolitions relèvent, dit-il, de faits « de troubles à l’ordre public, voies de fait et destruction volontaire de bien d’autrui ». Il a ordonné l’interpellation de Jacques Brou, qui est en fuite.
Via Rfi





































