À Dakar, la question de savoir si Ousmane Sonko peut devenir président de l’Assemblée nationale fait couler beaucoup d’encre dans les cercles politiques, mais elle se heurte à un mur de certitude dans les rangs des spécialistes du droit. Plusieurs juristes et anciens responsables publics, dont l’ancien ministre Doudou Ka, répètent avec insistance une même conclusion : juridiquement, cela n’est pas possible aujourd’hui.

Tout part d’un point de départ que les juristes estiment non discutable : Ousmane Sonko n’a jamais été député pendant la 15ᵉ législature. Il a certes été élu député lors d’un précédent mandat, mais soit il a démissionné, soit son suppléant a été installé définitivement dans le siège, ce qui a rompu de manière définitive son lien avec l’hémicycle parlementaire.

Selon ces experts, il est donc juridiquement impossible de le « réintégrer » comme député, et encore moins de l’installer comme président de l’Assemblée nationale, car ce poste n’est accessible qu’à un député régulièrement installé pour la législature en cours. La Constitution ne prévoit pas de mécanisme permettant à une personne qui n’est pas députée d’accéder directement à la présidence du Parlement.

Le rôle de la Constitution et du code électoral

Les juristes s’appuient sur trois principes clés de la Constitution sénégalaise et du code électoral :

La présidence de l’Assemblée nationale est réservée à un député élu et présent dans l’hémicycle, non à un simple ancien parlementaire ou à un ministre.

Le fait d’avoir été député par le passé, ou d’avoir exercé un poste de Premier ministre, ne crée pas de droit automatique à revenir s’asseoir comme député ou à postuler à la présidence.

Certains commentateurs évoquent l’article 56 de la Constitution, qui permet à un député devenu ministre de retrouver son siège à l’issue de son mandat exécutif. Mais les spécialistes insistent : ce mécanisme ne s’applique pas à Ousmane Sonko, car il est entré au gouvernement alors qu’il ne siégeait déjà plus effectivement comme député de la 15ᵉ législature.

En d’autres termes, la Constitution ne prévoit pas de « filet de sécurité » pour un ancien député qui n’a jamais été installé dans la législature actuelle. Les juristes soulignent que reconnaître un tel droit créerait un précédent dangereux et brouillerait la clarté des règles démocratiques.

Ce que cela signifie concrètement

En pratique, les implications sont simples mais lourdes :

Ousmane Sonko ne peut pas devenir président de l’Assemblée nationale tant qu’il n’est pas réellement député de la 15ᵉ législature. Cela suppose soit une nouvelle élection législative, soit la cassation de la situation actuelle par voie légale, ce qui n’est pas envisageable sans risques de troubles institutionnels.

Toute tentative de le « faire entrer » par la porte latérale, réintégration symbolique, nomination de député d’office, ou autre montage politique, serait immédiatement contestée devant les juridictions compétentes et risquerait d’être annulée, car contraire à la lettre de la Constitution et du code électoral.

Pour les partis qui l’ont soutenu ou qui véhiculent encore l’idée de le voir à la tête du Parlement, la leçon est claire : la volonté politique ne suffit pas. Si elles souhaitent vraiment la présence d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale, il faudra passer par les voies démocratiques usuelles : élections, installation effective comme député, puis élection au poste de président par les pairs.

En résumé : la loi parle haut et clair

Même si le nom d’Ousmane Sonko revient souvent dans les spéculations politiques et les débats publics, la réponse juridique est sans ambiguïté : il ne peut pas devenir président de l’Assemblée nationale du Sénégal dans la configuration actuelle. Les juristes rappellent que la stabilité des institutions passe par le respect scrupuleux de la Constitution, et non par des arrangements de dernière minute sous la pression de la rue ou des arithmétiques politiques.

En attendant, la porte de la présidence du Parlement reste ouverte à n’importe qui… mais seulement à ceux qui passeront d’abord par le vote des citoyens et par l’installation régulière comme députés. Ousmane Sonko, lui, pour y entrer, devra, comme tout autre citoyen, reprendre le chemin de l’élection, pas celui de la réinterprétation de la loi.

A-Tchol pour Billetdujour.com