L’ancien ministre des Affaires étrangères français, Dominique de Villepin est revenu sur la sortie du président américain à l’encontre du souverain pontife, le Pape Léon XIV. 

“Comment se fait-il que personne ne s’indigne en France du traitement réservé par Donald Trump au pape Léon XIV ? Ce qui se joue dans les attaques de Donald Trump contre le pape dépasse de beaucoup la simple polémique.

Lorsqu’un président des États-Unis s’en prend au chef de l’Église catholique, lorsqu’il prétend lui dicter ce qu’un pape devrait dire, penser ou taire, il ne révèle pas seulement son emportement vulgaire. Il révèle une tentation plus profonde : celle de soumettre l’autorité spirituelle à la puissance temporelle, la vérité morale à la force politique, la conscience à l’orgueil. Il insulte plus d’un milliard de croyants, mais aussi, au-delà, toute l’humanité, dans son désir de paix, de dialogue et de dignité. Sans doute rêve-t-il d’un monde dans lequel il serait pape et empereur.

L’histoire nous enseigne pourtant une chose simple : les conflits entre les papes et les puissances du siècle ne sont jamais anecdotiques. Ils disent toujours quelque chose d’un désordre plus vaste. Quand le pouvoir se croit tout permis, quand il s’autorise à humilier, à caricaturer, à profaner, c’est qu’il a déjà commencé à perdre le sens de ses propres limites.

Léon XIV ne parle pas en rival de Donald Trump. Il parle à partir d’une exigence plus haute : celle de la paix, de la dignité humaine, de la mesure, du dialogue. Et c’est précisément cela que certains ne supportent plus : qu’il existe encore, face à la brutalité du monde, une parole qui ne se laisse pas intimider. On se souvient de la colère de Donald Trump lorsque l’évêque episcopalienne Mariann Edgar Budde lui a rappelé lors de l’investiture, les limites que la simple humanité impose à un pouvoir qui se veut absolu.

Publier une image de soi en figure christique sur fond de drapeau américain et de soldats en armes, mêler le culte de la force à la symbolique religieuse, tourner en dérision l’autorité du pape : tout cela n’est pas seulement déplacé. Cela dit quelque chose d’inquiétant sur notre temps. Nous voyons monter partout la confusion entre la foi et l’identité, entre la religion et l’appartenance politique, entre le sacré et le spectacle. C’est une pente dangereuse.

Le respect dû au pape est une affaire de civilisation. Car une démocratie digne de ce nom sait qu’il existe des autorités qu’on ne rabaisse pas sans s’abaisser soi-même.

Dans un monde travaillé par la guerre, le ressentiment et la démesure, une civilisation commence à vaciller lorsque le pouvoir ne supporte plus d’être contredit par une parole de conscience.

Citons enfin ce message du Dalaï-Lama, publié le 31 mars dernier en soutien au Pape Léon XIV, et rappelant à tous que l’impératif de tolérance et le refus de toute violence dépassent le cadre du religieux pour devenir un message universel : « En effet, que l’on se tourne vers le christianisme, le bouddhisme, l’islam, l’hindouisme, le judaïsme ou n’importe laquelle des grandes traditions spirituelles du monde, le message est fondamentalement le même : amour, compassion, tolérance et maîtrise de soi.”

Dominique de Villepin