L’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH) a rendu publique, ce samedi à la Maison de la Presse de Guinée, une étude explosive sur le fonctionnement de la chaîne pénale. Commanditée dans le cadre d’un projet visant à renforcer l’accès à la justice pour les plus vulnérables, cette enquête met en lumière des pratiques systémiques qui bafouent les droits des détenus, particulièrement les plus démunis.

Présentée lors d’une conférence de presse animée par M. Mamadou Malal Diallo, consultant national, l’étude dénonce des détentions préventives irrégulières pouvant s’étirer sur des années, sans jugement ni présentation à un juge d’instruction. Parmi les exemples frappants : un individu arrêté le 12 mai 1991 pour meurtre, libéré le 13 octobre 2008 après 16 ans de détention provisoire ; ou encore huit détenus de la Maison centrale de Conakry, incarcérés depuis 2008 et relâchés le 30 octobre 2024 par le procureur général près la Cour d’appel de Conakry. Plus récemment, le 8 janvier 2026, au tribunal de Dixinn, des accusés de vol à main armée ont comparu après dix ans de détention provisoire.

« Les 48 heures légales de garde à vue sont souvent manipulées, notamment en retenant les suspects dès le vendredi soir jusqu’au lundi, sans compter le week-end », a expliqué M. Diallo, soulignant des confusions sciemment entretenues.

L’étude pointe aussi l’absence d’avocats lors des auditions initiales, des procès-verbaux rejetés, un manque d’adressage pour localiser les personnes sous contrôle judiciaire, et des contrôles laxistes sur la validité des titres de détention dans des centres sous-équipés.

Des failles structurelles et sociales

Au-delà des délais excessifs, l’enquête révèle un manque criant de fonds pour l’aide juridictionnelle, rendant la défense ineffective pour les indigents. Les demandes de libération conditionnelle ou de grâce restent sans suite, un détenu en a introduit sept sans réponse. La réinsertion post-détention est précaire : mesures éducatives limitées aux grandes villes comme Conakry ou Kankan, fragilisation des liens familiaux, et cas de récidive liés à un tissu social rompu.

Une anecdote illustre le rejet sociétal : à Pita, des sages refusent d’aider à humaniser les prisons, estimant que « celui qui y va l’a cherché ».

L’OGDH dénonce par ailleurs des incohérences judiciaires, un voleur de trois marmites condamné à trois ans comme un violeur d’enfant et des disparités favorisant les affaires médiatisées.

La surpopulation carcérale aggrave le tableau : la Maison centrale, prévue pour 1 000 places, abrite près de 99% de prévenus.

Des avancées timides grâce au projet OGDH

L’étude ne se limite pas au diagnostic. Le projet de l’OGDH a recensé 30 dossiers de détenus démunis dans les juridictions de Kaloum, Mafanco, Dixinn, Kindia et Labé, mobilisant cinq avocats. Résultat : 17 décisions en correctionnelle, quatre jugements criminels en cours, et neuf autres en attente. À Boké (30 janvier 2026), 16 accusés (viols, assassinats, vols) ont été jugés, avec cinq acquittements et libérations immédiates. À Kankan (30 mars 2026), cinq dossiers ont abouti à des peines de un an à perpétuité.

Malgré ces progrès, les transferts de détenus posent problème : distances énormes (ex. : de Labé à Kindia), difficultés logistiques et d’accès familial. L’OGDH appelle à des fourgonnettes sécurisées, du personnel pénitentiaire renforcé et une meilleure proximité entre détenus et familles.

Recommandations pour une justice équitable

Pour remédier à ces blocages, séparation des pouvoirs défaillante, recours systématique à l’appel, absence de mesures alternatives à la détention, l’OGDH plaide pour un suivi rigoureux des détentions, un fonds d’aide juridictionnelle opérationnel et une cohérence dans les décisions. « Une défense efficace est impossible sans moyens pour les plus pauvres », martèle M. Diallo.

Cette étude, fruit d’une collecte approfondie dans plusieurs juridictions, alerte les autorités sur un système pénal qui, loin de protéger, marginalise les vulnérables. Reste à savoir si ces révélations impulsent des réformes concrètes.

A-Tchol pour Billetdujour.com