Alors que le gouvernement sénégalais prépare une réforme constitutionnelle ambitieuse, promise par le président Bassirou Diomaye Faye lors de sa campagne de 2024, les observateurs s’interrogent : cette révision de la loi fondamentale ne viserait-elle pas avant tout à consolider le pouvoir d’Ousmane Sonko, Premier ministre et figure clé de Pastef-Les Patriotes ? Adoptée en urgence par l’Assemblée nationale en avril 2026, la réforme introduit des changements majeurs qui, selon les critiques, avantageraient personnellement l’ancien opposant anti-système.
Une réduction des mandats sur mesure pour Sonko
Au cœur de la réforme figure la limitation à un seul mandat renouvelable une fois pour le président de la République, contre deux actuellement. Cette mesure, saluée par les pro-Faye comme un remède contre la « longévité au pouvoir », tombe à pic pour Sonko. À 52 ans, ce dernier pourrait briguer la présidence en 2031 ou 2034, une fois le mandat unique de Faye achevé, prévu pour 2029 si réélu. « C’est une réforme sur mesure pour Sonko, qui évite ainsi les contraintes d’un cumul des mandats et se positionne comme dauphin naturel », analyse Ibrahima Sarr, politologue à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Sonko, nommé Premier ministre en mai 2025 suite à la victoire de Pastef, bénéficie déjà d’un rôle renforcé par la réforme. Celle-ci élargit les prérogatives du chef du gouvernement, notamment en matière de nomination des ministres et de gestion des crises, tout en affaiblissant le rôle du président dans les affaires courantes.
Un calcul stratégique ?
Sonko, inéligible à la présidentielle de 2024 en raison de sa condamnation judiciaire (depuis annulée par la Cour suprême), voit là une rampe de lancement idéale vers le palais présidentiel.
Le Sénat réactivé : un bouclier pour Pastef ?
Autre innovation contestée : la réactivation du Sénat, supprimé en 2012 par Macky Sall pour des raisons budgétaires. Composé de 150 membres (dont 100 élus indirectement et 50 nommés), cette chambre haute donnerait à Pastef une majorité confortable, au vu de sa domination à l’Assemblée (164 sièges sur 165). Sonko, en tant que leader de Pastef, pourrait y placer des alliés fidèles, renforçant son influence sur la législation et protégeant le gouvernement des oppositions résiduelles comme Yewwi Askan Wi ou les libéraux de Rewmi.
Réactions : un « coup d’État constitutionnel » ?
Les opposants, menés par Mansour Faye (ex-PDS) et Karim Wade, dénoncent un « coup d’État constitutionnel ». « Cette réforme enterre l’alternance et installe un régime Sonko-Faye pour 15 ans », tonne Wade lors d’un meeting à Thiès le 10 mai. Des manifestations sporadiques à Dakar et Saint-Louis ont été dispersées, faisant craindre une crispation sécuritaire.
Perspectives : popularité et risques
Rappelons que la réforme s’inscrit dans le sillage de la victoire écrasante de Pastef en 2024, portée par le duo Faye-Sonko contre l' »APRand » de Macky Sall. Soutenue par 72% des Sénégalais selon un sondage IRS de mars 2026, elle répond à des promesses anti-corruption et de souveraineté.
Pourtant, des juristes comme Fatou Kiné Camara soulignent des risques : « Le Parlement, monopolisé par Pastef, a voté la réforme sans débat approfondi, contournant un référendum initialement promis. »
Si elle est promulguée d’ici fin mai, la réforme pourrait être contestée devant le Conseil constitutionnel. Pour Sonko, elle représente un atout majeur dans un paysage politique où sa popularité frôle les 65%, dopée par ses discours incendiaires contre la France et les élites. Reste à savoir si ce « verrouillage » constitutionnel unira ou divisera le Sénégal, miné par le chômage des jeunes et l’inflation galopante.
A-Tchol pour Billetdujour.com





































