La Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a franchi, ce jeudi 23 juillet 2026, une nouvelle étape décisive dans le procès en appel de l’ancien ministre de la Défense, Dr Mohamed Diané. Dans une salle d’audience sous haute tension, l’ex-pilier du régime déchu d’Alpha Condé s’est à nouveau retrouvé face aux juges, à la justice et à l’opinion, dans un dossier devenu emblématique de la lutte annoncée contre la corruption.

Au cœur de cette nouvelle phase, la Cour a rouvert le débat sur la responsabilité personnelle de l’ancien ministre dans la gestion des colossaux crédits alloués à la Défense nationale. Jadis présenté comme l’un des hommes les plus puissants du système, interlocuteur privilégié des partenaires étrangers et gardien d’un budget sensible, Dr Diané doit désormais s’expliquer sur l’utilisation de montants évalués à plusieurs centaines de milliards de francs guinéens. L’enjeu n’est plus seulement technique ou comptable : il est politique, symbolique et moral.

Cette audience en appel intervient après une première condamnation lourde, qui avait déjà marqué les esprits. En première instance, la CRIEF avait reconnu l’ancien ministre coupable de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux, avant de le frapper d’une peine de prison ferme, d’amendes salées et de la confiscation de ses biens au profit de l’État. La défense avait immédiatement dénoncé une décision « injuste » et « infondée », avant de se pourvoir en appel pour tenter de renverser la vapeur.

Devant la chambre d’appel, le décor a changé, mais pas la ligne de fracture. D’un côté, le ministère public et l’Agent judiciaire de l’État entendent démontrer que les irrégularités relevées dans la gestion des fonds de la Défense ne relèvent ni de la simple négligence ni de la confusion administrative, mais d’un système organisé qui a permis l’enrichissement illicite au détriment du budget national. De l’autre, la défense s’emploie à déconstruire point par point les accusations, invoquant l’absence de preuve directe, la complexité des circuits budgétaires et la responsabilité collective des différents acteurs de la chaîne de dépense.

L’audience de ce 23 juillet a ainsi été marquée par des échanges soutenus autour des pièces comptables, des marchés passés, des signatures apposées et des bénéficiaires réels des flux financiers. Les avocats de Dr Diané ont tenté de replacer les décisions incriminées dans leur contexte politique et sécuritaire, arguant que les contraintes liées à la défense nationale ne se gèrent pas comme un budget ordinaire. Le parquet, lui, a insisté sur la traçabilité des fonds, les incohérences des justifications fournies et les patrimoines jugés sans rapport avec les revenus officiels de l’ancien ministre.

Au-delà de la technicité des débats, ce procès en appel est devenu un test grandeur nature pour la crédibilité de la CRIEF et, plus largement, pour le discours des autorités de transition sur la fin de l’impunité. Une partie de l’opinion attend un signal fort, convaincue que la justice ne sera prise au sérieux que si les anciens « intouchables » rendent effectivement des comptes. Une autre, plus sceptique, redoute un procès à dimension politique, où l’exemplarité servirait parfois de paravent à des règlements de comptes ciblés.

Pour Dr Mohamed Diané, qui continue de clamer son innocence, l’audience de ce jeudi ressemble à un tournant : soit la Cour confirme la ligne dure tracée en première instance, soit elle infléchit la décision, voire ouvre la voie à un allègement de la peine. Dans un cas comme dans l’autre, l’arrêt attendu pèsera lourd sur sa trajectoire personnelle, mais aussi sur le signal envoyé aux anciens dignitaires du régime déchu.

À l’issue des débats, la Cour a mis l’affaire en délibéré. La date du verdict n’a pas encore été rendue publique, mais une chose est sûre : lorsque tombera la décision, elle fera du bruit bien au-delà des murs de la salle d’audience, dans une Guinée où l’on scrute chaque geste de la justice comme un baromètre de la rupture promise avec les pratiques du passé.

A-Tchol pour Billetdujour.com