Le ministère du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, à travers l’Institut National de la Statistique (INS) et avec l’appui technique du Programme Alimentaire Mondial (PAM), a présenté ce jeudi les dernières données sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Guinée.  
Décideurs publics, partenaires techniques et financiers, acteurs du secteur agricole et représentants de la société civile ont passé en revue un diagnostic fondé sur quatre études nationales harmonisées. Les échanges ont porté sur les mesures urgentes à engager afin d’éviter une dégradation majeure de la situation alimentaire du pays.

Les conclusions reposent sur le Cadre Harmonisé (CH, octobre 2025), l’enquête MFI sur la fonctionnalité des marchés (décembre 2025), l’analyse Fill the Nutrient Gap (FNG, 2024–2025) et l’étude sur les pertes post‑récolte (PPR, 2025). Ces travaux montrent que le problème dépasse la simple disponibilité d’aliments : l’accès économique à une alimentation saine, la fonctionnalité des marchés et la réduction des pertes le long des chaînes de valeur sont au cœur de la crise.

Selon l’analyse FNG, « un ménage guinéen sur deux ne peut pas s’offrir une alimentation nutritive », et « le coût d’un régime nutritif est estimé à 1 155 000 GNF par mois », soit près du double du seuil purement énergétique.

Intervenant au nom du PAM, Cirydion Usengumuremyi a insisté sur l’urgence: « Les analyses montrent qu’1,668 million de personnes, soit 13,4% de la population guinéenne, devraient se trouver en situation de crise ou d’urgence alimentaire pendant la période de soudure de juin à août 2026. Parallèlement, plus de 3,1 millions de personnes restent sous pression alimentaire et demeurent exposées au risque de basculer dans une situation plus grave au moindre choc. »

Il a ajouté : « Au‑delà de ces chiffres, la faim en Guinée n’est pas uniquement un problème de disponibilité alimentaire. Elle est également, et surtout, un problème d’accès à une alimentation saine, diversifiée et nutritive. »

Dans sa prise de parole, Mamadou Camara, Directeur général adjoint de l’INS, a rappelé l’importance des données: « Comme vous le savez, nous sommes engagés dans un processus de renforcement des capacités statistiques. Depuis 2020, nous avons réalisé de nombreuses opérations, notamment le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH). À côté de ce recensement, plusieurs enquêtes sectorielles ont été menées : l’enquête nationale sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, validée en 2020, mais aussi des enquêtes sur les pertes post‑récolte et sur le fonctionnement des marchés agricoles. Toutes ces données sont disponibles et il est important de les vulgariser afin de les mettre à la disposition des décideurs et des populations. »

Il a précisé que « chaque enquête a sa spécialité » et que « toutes ces données sont harmonisées dans un cadre méthodologique commun ».

Clôturant les interventions, le ministre du Plan, Ismaël Nabé, a lancé un avertissement politique et moral: « Il y a une question fondamentale que nous devons collectivement nous poser : quel développement voulons‑nous construire si une partie de notre population ne peut pas encore se nourrir convenablement ? À l’échelle nationale, près de 50% des ménages ne peuvent pas s’offrir une alimentation nutritive ; dans certaines préfectures, cette proportion atteint 79%. 6,1% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. Ces chiffres ne doivent pas être considérés comme de simples statistiques ; ils constituent un appel à l’action. »

Les enquêtes révèlent aussi des faiblesses structurelles : le score national de fonctionnalité des marchés est de 5,1/10 (contre 3,7 en 2023), avec 77% des marchés sans électricité fiable et 54% sans évacuation des eaux usées. Les pertes post‑récolte restent considérables, 250 448 tonnes de riz perdues en 2022, soit 11,9% de la production nationale, et des taux de pertes atteignant 40–50% pour les produits frais. Ces pertes sont concentrées au stockage, au transport et à la transformation primaire, ce qui rend prioritaires les investissements en silos, séchoirs solaires et infrastructures de chaîne du froid, particulièrement dans les zones de N’Zérékoré et Boké.

Les recommandations formulées lors de l’atelier portent sur cinq priorités d’investissement : agriculture résiliente (variétés à cycle court, irrigation, renforcement des capacités), réduction des pertes post‑récolte (silos hermétiques, séchoirs), protection sociale sensible à la nutrition (transferts monétaires ciblés, fortification), désenclavement et modernisation des marchés (réhabilitation routière, systèmes d’information) et renforcement des données et des systèmes d’alerte précoce (SAP‑SAN sous leadership de l’INS). L’approche intégrée a démontré son efficacité en faisant passer l’accessibilité à une alimentation nutritive de 50% à 85% dans les simulations.

Richard TAMONÉ pour Billetdujour.com