Médecin interniste dans un hôpital catholique de Lille, le Dr Charles Midol a été ordonné prêtre le 28 juin dernier. Il assume désormais deux vocations qu’il vit en communion, entre salle de consultation et autel. Troisième épisode de notre série d’été consacrée à la double vie des médecins.
Dans les couloirs de l’hôpital catholique de Lille, le Dr Charles Midol ne passe plus inaperçu. Interniste reconnu pour la qualité de son diagnostic et son écoute des patients, il a ajouté, le 28 juin dernier, une nouvelle dimension à sa vie professionnelle : celle de prêtre. Une ordination qui bouscule les représentations et interroge le rapport entre soin du corps et soin de l’âme.
Le matin, Charles Midol enfile sa blouse blanche, ausculte, rassure, ajuste des traitements complexes. Le soir ou le week-end, il revêt l’aube et la chasuble, célèbre la messe, accueille les fidèles, écoute d’autres souffrances, souvent invisibles. Pour lui, pourtant, il ne s’agit pas de deux vies parallèles, mais d’une seule et même vocation vécue sur deux fronts.
« Être médecin et être prêtre, ce n’est pas choisir entre la science et la foi, c’est servir l’homme dans toutes ses dimensions », confie-t-il volontiers à ceux qui l’interrogent. Formé à la rigueur médicale, habitué à décider rapidement dans des situations parfois critiques, il dit trouver dans le ministère presbytéral une autre forme de responsabilité, plus silencieuse, mais tout aussi exigeante.
Au sein de l’hôpital, son ordination suscite curiosité et respect. Certains collègues s’interrogent sur la manière de concilier gardes, consultations et engagements pastoraux. D’autres y voient une chance pour les patients, souvent en quête d’écoute et de repères dans des parcours de soins parfois chaotiques. Dans un contexte où la médecine se technicise toujours plus, la présence d’un médecin-prêtre interroge aussi la place du sens et de la spiritualité dans la prise en charge.
Entre la chambre du malade et le chœur de l’église, le Dr Midol garde le même fil conducteur : la recherche d’une forme de cohérence intérieure. Il assure ne pas mélanger les registres, respecter les convictions de chacun, et s’en tenir aux règles éthiques de sa profession. Mais il revendique pleinement ce regard élargi sur la fragilité humaine, qui lui permet, dit-il, de mieux comprendre ce que les patients ne disent pas.
Cette double vie, il ne la conçoit pas comme une performance, mais comme une fidélité. Fidélité à ses années d’études de médecine, à son engagement auprès des malades, mais aussi à un appel spirituel devenu trop pressant pour être ignoré. Dans un monde hospitalier en tension, où les soignants peinent à tenir, ce choix déroutant soulève une question simple : qui prend soin de ceux qui prennent soin ?
Tandis que l’été offre un temps de respiration, le parcours de Charles Midol ouvre un débat plus large sur le sens de la vocation, qu’elle soit médicale ou religieuse. Peut-on à la fois diagnostiquer une pathologie et accompagner une prière ? Peut-on pratiquer la médecine comme un art du lien, et le sacerdoce comme une autre manière d’entrer en relation ?
L’histoire du Dr Midol n’apporte pas toutes les réponses, mais elle raconte une expérience singulière, au cœur de Lille, où la blouse blanche et le col romain tentent de cohabiter sans se contredire. Elle rappelle aussi que derrière chaque médecin se cache une vie, parfois plus complexe qu’il n’y paraît. Et que, pour certains, la vocation ne se divise pas : elle se déploie.
Transcription Billetdujour.com




































