À la barre du Tribunal de première instance de Dixinn, l’activiste et entrepreneur Bella Bah a livré une version détaillée des faits qui lui sont reprochés. Poursuivi pour « injure et diffamation par le biais d’un système d’information » au préjudice d’Elhadj Mamadou Saliou Camara, il a d’emblée affirmé qu’il n’a jamais eu l’intention d’injurier qui que ce soit. Pour lui, sa démarche relève de l’activisme : apprécier ce qui est bien fait, mais critiquer et alerter lorsque quelque chose « n’est pas bien ».

Revenant sur les circonstances de son interpellation, Bella Bah parle d’un véritable « kidnapping à son école ». Il raconte qu’un pick-up de la gendarmerie est arrivé sur les lieux, qu’un agent en civil a pénétré dans son bureau et lui a ordonné de le suivre. Il dit avoir demandé le motif de cette intervention ainsi que l’autorisation de contacter son épouse et son avocat. Selon lui, les agents ont saisi son téléphone « de force » avant de l’emmener. Il affirme avoir été entendu de 22 heures à 3 heures du matin, sans assistance juridique.

Concernant la publication au centre de la procédure, Bella Bah nie avoir visé directement El Hadj Mamadou Saliou Camara. Il soutient qu’il ne savait pas que ses propos seraient associés à lui et estime que le discours auquel il réagissait « n’est pas le discours d’un religieux ». Face au procureur, il réitère : il n’a pas injurié El Hadj Mamadou Saliou Camara, ni eu l’intention de le faire, même s’il reconnaît l’avoir critiqué.

Sur les termes « manipulateur » et « corrompu », il reste prudent : « Je n’ai pas de réponse à cette question. » Il se limite à des définitions générales : une personne malhonnête est « quelqu’un qui n’est pas honnête », un manipulateur « quelqu’un qui manipule pour arriver à ses fins », un corrompu « quelqu’un qui effectue de la corruption ». Il insiste toutefois : « Je n’ai pas dit qu’El Hadj Mamadou Saliou Camara est corrompu. »

À ses avocats, Bella Bah confie regretter l’extrapolation faite de sa publication. S’il avait su que ses propos seraient interprétés de cette manière, il ne les aurait pas publiés. À la question de savoir s’il demande pardon, il répond : « Je n’ai pas de réponse à cette question. » Il assure néanmoins qu’il ne reproduira plus un commentaire similaire.

Le prévenu dénonce enfin les conditions de sa détention : privation de nourriture et d’eau pendant quatre jours, renouvellement de garde à vue à deux reprises, et placement dans une cellule avec des condamnés pour braquage. « Maître, on devrait tout simplement me faire une convocation », déclare-t-il, estimant que la procédure menée contre lui a été excessive et attentatoire à ses droits.

Antoine Haba