À Conakry, les immeubles s’élèvent, mais la sécurité, elle, s’effondre. Derrière chaque nouveau chantier se profile désormais une question brutale : combien de morts faudra-t-il encore pour que les services de l’Habitat sortent enfin de leur inertie et assument pleinement leur mission de contrôle ? Les récents effondrements de bâtiments en construction à Ratoma ont relancé, avec une force tragique, le débat sur l’incurie administrative, la faiblesse des inspections et la banalisation d’un danger devenu quotidien.
Le drame n’a rien d’un accident isolé. Il révèle un système où les règles existent, mais s’appliquent mal, trop tard ou pas du tout. Quand un immeuble non autorisé s’écroule en plein chantier, laissant derrière lui des morts et des blessés, ce n’est plus seulement un problème technique : c’est un échec de gouvernance. Le ministère lui-même a reconnu que le bâtiment à l’origine de la catastrophe n’avait pas été autorisé conformément à la réglementation en vigueur.
Cette confession vaut aveu d’une chaîne de contrôle défaillante, incapable d’empêcher l’irréparable.
Sur les chantiers, les ouvriers demeurent souvent exposés à des conditions indignes. Travail en hauteur, absence de harnais, manque de filets de protection, supervision lacunaire : la liste des risques est connue, mais elle n’est pas suffisamment traitée. Or, l’insécurité sur chantier à Conakry a déjà été décrite comme une réalité chronique, presque normalisée, que l’on regarde sans voir jusqu’au jour où elle tue.
Dans ces conditions, parler de modernisation urbaine relève parfois de la façade : on construit vite, mais on protège peu.
L’ampleur du problème dépasse un simple manquement ponctuel. Il met en cause la responsabilité des services chargés de délivrer les autorisations, de vérifier les plans, d’imposer les normes et de sanctionner les dérives. Quand les contrôles sont rares, quand les chantiers anarchiques prolifèrent et que les immeubles sortent de terre sans garanties solides, l’État abdique une part essentielle de sa mission régalienne. Laisser bâtir sans surveiller, c’est accepter que la ville grandisse sur une dette de sang.
Conakry n’a pas seulement besoin de plus d’immeubles. Elle a besoin d’un sursaut de rigueur, d’inspections réelles, d’une police du bâtiment digne de ce nom et de sanctions exemplaires contre les promoteurs et entreprises qui jouent avec la vie des autres. Tant que l’Habitat se contentera de constater les ruines après les drames, les chantiers resteront des pièges et les familles continueront de payer le prix d’une négligence publique devenue insupportable.
K’pónn pour Billetdujour.com





































