Le processus de la fermeture de la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, est entrain de produire un effet domino qui paralyse toute la chaîne de gestion des ordures à Conakry.  Des décharges intermédiaires presque saturées aux PME de pré-collecte depassée, des ménages qui voient leurs cours se transformer en dépotoirs, la capitale guinéenne pourrait vivre une crise sanitaire et logistique sans précédent.

Depuis l’éboulement meurtrier du 23 août 2026 qui a causé une trentaine et la décision de fermer le site, les déchets n’ont plus d’exutoire fiable.  Les zones de tri et de transfert (ZTT), comme celle de Kakimbo à Ratoma, débordent : les bacs sont pleins, les conteneurs s’empilent, et les tricycles chargés d’ordures stationnent sans pouvoir décharger.  Les PME de pré-collecte, qui assurent le ramassage porte-à-porte dans les quartiers et marchés, sont prises en tenaille.  « Si nous prenons les ordures chez les ménages, nous avons du mal à les décharger », résument plusieurs opérateurs.  Résultat : les ordures s’entassent heure après heure dans les points de regroupement, tandis que certains prestataires réduisent ou suspendent leurs tournées.

Pour les habitants abonnés aux services de pré-collecte, la situation devient intenable : concessions envahies, odeurs nauséabondes, prolifération de mouches et risques accrus de maladies.  Dans les marchés : Cosa, Koloma, Tannerie, Matoto…, commerçants et riverains cohabitent avec des montagnes d’immondices qui ne sont plus évacuées régulièrement.  Certains responsables de PME alertent : sans solution d’évacuation, ils seront contraints d’arrêter progressivement le travail, quartier après quartier.  « Aujourd’hui, nous sommes en train d’arrêter progressivement le travail… parce qu’elles n’ont pas où envoyer les déchets », explique Amara Soumah, responsable d’acteurs de l’assainissement.

La fermeture de Dar-es-Salam était annoncée depuis juin 2026, avec la promesse d’un nouveau centre de traitement à Baritodé (Kouria).  Mais sur le terrain, la transition est loin d’être opérationnelle. La distance et la logistique posent problème : le nouveau site de décharge se trouve à des dizaines de kilomètres de Conakry, contre quelques kilomètres pour Dar-es-Salam.  S’ajoutent l’insuffisance de moyens : manque criant de camions bennes, de bacs à ordures et de conteneurs, l’état des routes et les embouteillages qui allongent les rotations, et la saturation des points intermédiaires déjà pleins.  En clair : la décision politique a devancé la mise en place d’une chaîne de transfert viable, laissant les PME et les ménages en première ligne.

Pour éviter que Conakry ne s’enfonce dans une crise sanitaire majeure, plusieurs pistes se dessinent. En urgence, il faut réquisitionner et mutualiser des camions pour assurer l’évacuation depuis les ZTT saturées vers les nouveaux sites, organiser des rotations optimisées avec des points de délestage temporaires bien identifiés, et subventionner temporairement le transfert vers Kouria/Baritodé afin que les PME continuent à travailler sans augmenter brutalement leurs tarifs.  Une communication claire aux ménages sur les nouveaux circuits et horaires de collecte est également indispensable pour limiter les dépôts sauvages.

À moyen terme, le renforcement des infrastructures de transfert s’impose : acquérir et mettre en service le nombre requis de camions, bacs et conteneurs, améliorer les axes routiers vers les nouveaux sites pour réduire les temps de trajet, et professionnaliser les PME via un schéma clair de répartition des rôles (pré-collecte, collecte, transfert) avec des contrats, des normes de service et un mécanisme de paiement fiable.  À long terme, Conakry devra développer des sites de traitement décentralisés (tri, compostage, valorisation) plus proches des communes, lancer une politique de réduction et de tri à la source, et mettre en place un suivi-évaluation continu de la gestion des déchets pour ajuster rapidement les dispositifs.

La fermeture de Dar-es-Salam était nécessaire sur le plan environnemental et sécuritaire, mais elle révèle surtout les fragilités d’un système de gestion des déchets déjà sous tension.  Sans une réponse rapide et coordonnée sur le transfert, le financement et l’organisation des flux, le risque est grand de voir Conakry basculer dans une crise sanitaire durable, avec des conséquences directes sur la santé publique et la cohésion sociale.

A-Tchol pour Billetdujour.com