Le décès de Mamadou Diouma Bah, jeune candidat au baccalauréat de la commune urbaine de Kindia, condamné pour fraude lors de la session 2025-2026, agit comme un véritable électrochoc dans l’opinion publique guinéenne. L’affaire met à nu, d’une part, la sensibilité extrême de la société face à la mort d’un mineur engagé dans son parcours scolaire, et d’autre part, les tensions latentes entre les acteurs judiciaires et éducatifs autour de la lutte contre la fraude aux examens. Au centre du débat, une question obsédante : jusqu’où peut aller la répression sans basculer dans l’injustice ou l’inhumanité ?
La déclaration du procureur de la République près le tribunal de première instance de Kindia, selon laquelle l’élève est mort à l’hôpital et non en prison, cherche à contenir la vague d’indignation née sur les réseaux sociaux et dans l’opinion. En rappelant que le candidat souffrait déjà de problèmes de santé et qu’il a été évacué puis remis à sa famille avant son décès, le parquet tente de couper court à l’idée d’une « mort carcérale » imputable directement aux conditions de détention. Cette version, juridiquement structurée, vise surtout à protéger l’institution judiciaire contre les accusations de négligence et de violation des droits humains.
Face à cette parole officielle, la Fédération guinéenne des parents et amis de l’école (Féguipae) s’indigne du cumul des sanctions infligées à l’élève après son jugement, qu’elle juge excessif au regard de son âge et de sa situation scolaire. Pour cette structure, la sévérité de la peine et son exécution, illustre une approche trop punitive de la lutte contre la fraude, qui ne tient pas suffisamment compte de la dimension éducative et de la nécessité de préserver la jeunesse.
Le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), lui, s’inscrit dans le même registre de dénonciation, en mettant l’accent sur les manquements humains et institutionnels qui entourent ce drame, et en interpellant les autorités sur la responsabilité morale qu’elles portent dans la protection des élèves, même fautifs.
Pris à partie, le ministère de l’Éducation nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique et de la formation professionnelle a d’abord adopté une ligne défensive, rappelant sa détermination à combattre la fraude et à préserver la crédibilité des examens nationaux. Mais très vite, face à l’émotion, il a cherché à se placer au-dessus de la mêlée, en se rendant au chevet de la famille éplorée à Kindia pour exprimer compassion et solidarité. Cette démarche, à la fois politique et symbolique, traduit la volonté de ne pas apparaître comme insensible, tout en évitant de désavouer ouvertement la justice qui a rendu la décision.
Au regard de ces positions parfois divergentes, une lecture lucide s’impose. Le décès de Mamadou Diouma Bah révèle les limites d’un système qui, en voulant éradiquer la fraude, prend le risque de sacrifier l’approche pédagogique, l’écoute des parents et la prise en charge adéquate des élèves vulnérables. Pour autant, l’émotion légitime ne doit pas conduire à l’oubli des principes fondamentaux : force doit rester à la loi, et nul ne doit encourager ou couvrir la tricherie aux examens, sous peine de fragiliser l’école et l’avenir du pays. La voie de la raison consiste donc à exiger des enquêtes transparentes pour établir les responsabilités, à adapter les sanctions à l’âge et à la condition des élèves, et à renforcer la prévention plutôt que la seule punition. Ainsi, chacun, magistrats, enseignants, syndicalistes, parents et autorités éducatives est appelé à se ressaisir : respecter la loi, humaniser sa mise en œuvre, et éviter, à l’avenir, que la lutte contre la fraude ne se termine, une nouvelle fois, dans la tragédie.
A-Tchol pour Billetdujour.com





































