Depuis l’érection de l’Archidiocèse de Conakry en 1955, cinq grands pasteurs se sont succédé sur le siège épiscopal, laissant chacun une empreinte singulière sur la vie religieuse, sociale et politique de la Guinée. Le parcours de ces archevêques éclaire non seulement l’histoire de l’Église catholique guinéenne, mais aussi celle du pays, traversé par des périodes de colonisation, d’indépendance, de répression et de réconciliation.
Mgr Gérard de Milleville (1955–1961), spiritain et premier archevêque, arrive en Guinée après des années de mission et d’engagement pendant la Seconde Guerre mondiale. Consacré en novembre 1955, il défend l’enseignement privé face aux nationalisations du régime Sékou Touré. Son opposition lui vaut l’expulsion en 1962; il poursuivra son service en Afrique et en Amérique latine, participant au Concile Vatican II.
Son successeur, Mgr Raymond‑Marie Tchidimbo (1962–1979), né à Forécariah, incarne la résistance au totalitarisme. Arrêté en 1971, condamné puis interné au Camp Boiro, il endure des années d’emprisonnement avant d’être libéré en 1979 grâce aux démarches du Saint‑Siège. Sa détention marque profondément l’Église guinéenne et symbolise le prix payé pour la foi sous le régime de Sékou Touré.
Nommé en 1979, Robert Sarah (1979–2001) relance la reconstruction diocésaine après les traumatismes des années 1960–70. À la tête de l’archidiocèse pendant plus de deux décennies, il développe la formation du clergé et les structures pastorales. Appelé à Rome en 2001, il gravira des fonctions importantes au Saint‑Siège, étant créé cardinal en 2010.
Mgr Vincent Coulibaly (2003–2026) prend le relais au début du XXIe siècle. Formé au séminaire de Kindia et ordonné par Robert Sarah, il dirige l’Église guinéenne lors de crises nationales, de l’épidémie d’Ebola (2014–2016) et de transitions politiques. Promoteur du dialogue interreligieux, président de la Conférence épiscopale et acteur de la réconciliation nationale, il reçoit plusieurs distinctions avant de démissionner pour raisons de santé en février 2026.
Depuis février 2026, Mgr François Sylla est le 5e archevêque métropolitain. Docteur en droit canonique formé à Rome et ancien recteur du Grand Séminaire, il apporte une expérience judiciaire et pédagogique. Nommé coadjuteur en 2024, il a pris possession du siège le 9 mai 2026 lors d’une messe solennelle présidée par le Cardinal Robert Sarah. Engagé dans la formation du clergé et le droit canonique, il hérite d’un héritage de service, de courage et d’ouverture.
Ces cinq archevêques, issus parfois des Spiritains et parfois formés à l’étranger, ont tour à tour confronté persécution, reconstruction, modernisation et dialogue. Leur succession apostolique depuis les préfets et vicaires apostoliques de la fin du XIXe siècle jusqu’à l’actuel archevêque témoigne de la continuité et de la résilience de l’Église catholique en Guinée. Soumise aux aléas politiques, elle demeure un acteur central du tissu social guinéen.
Via Archidiocèse-conakry.org









































