Après près de quatre ans de procédures devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, surnommé « Don Kas », a été autorisé à quitter le pays pour des soins médicaux à l’étranger. Cette décision, prise par le parquet spécial de la CRIEF le 10 septembre 2026, met un terme provisoire à une saga judiciaire qui a divisé l’opinion et interrogé sur l’équilibre entre impératifs humanitaires et exigences de la justice.
Le procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, a requis la levée de l’interdiction de sortie du territoire pour Kassory Fofana et l’ancien président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, afin qu’ils puissent se rendre à l’étranger pour recevoir des soins. Cette autorisation intervient après que Kassory Fofana a bénéficié, le 5 mars 2026, d’une mise en liberté conditionnelle pour raisons de santé, alors qu’il était hospitalisé à la Clinique Pasteur de Conakry.
Le parquet spécial estime que « le maintien de l’interdiction de sortie n’est plus nécessaire à ce stade de la procédure », ouvrant ainsi la voie à ce déplacement médical tant attendu par l’entourage de l’ancien chef du gouvernement d’Alpha Condé.
Condamné en première instance le 27 février 2025 à cinq ans de prison ferme pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, Kassory Fofana a vu sa peine réduite en appel à trois ans et neuf mois d’emprisonnement le 2 juillet 2026. La chambre des appels de la CRIEF l’a par ailleurs relaxé des faits de détournement de deniers publics, tout en maintenant sa condamnation pour enrichissement illicite et blanchiment.
Incarcéré depuis avril 2022, l’ancien Premier ministre a passé une grande partie de sa détention dans des établissements de santé, ses avocats affirmant régulièrement que son état nécessitait une évacuation sanitaire à l’étranger.
Le parquet spécial de la CRIEF a, à plusieurs reprises, sollicité la mise à disposition de la justice de Kassory Fofana, notamment lors des audiences d’appel qui se sont tenues directement à son chevet à la Clinique Pasteur. La question qui se pose désormais est celle de son retour au pays une fois rétabli : va-t-il se mettre à la disposition de la justice guinéenne comme l’a tant demandé le parquet ?
Cette interrogation prend une dimension particulière au regard de la célèbre formule attribuée à l’homme politique : « Je préfère l’ordre à la loi ». Dans le contexte actuel, où il se trouve lui-même au cœur d’un processus judiciaire complexe, cette déclaration résonne comme un paradoxe personnel et politique.
Homme d’État connu pour son sens de la discipline et sa vision autoritaire du pouvoir, Kassory Fofana a incarné, aux côtés d’Alpha Condé, une certaine idée de l’ordre républicain. Sa trajectoire récente, marquée par la détention, les procédures judiciaires et désormais l’exil sanitaire, invite à une réflexion sur les limites du pouvoir et la primauté du droit dans un État démocratique.
Notre rédaction formule le vœu que « Don Kas » retrouve l’équilibre nécessaire pour, le cas échéant, faire face à ses responsabilités devant la justice de son pays. Car au-delà des individus, c’est la crédibilité des institutions guinéennes qui est en jeu.
L’autorisation de sortie du territoire accordée à Kassory Fofana ne clôt pas son dossier judiciaire. La CRIEF continuera de suivre l’évolution de son état de santé et statuera sur les prochaines étapes de la procédure.
Pour l’heure, l’ancien Premier ministre quitte la Guinée dans un contexte d’apaisement relatif, après des années de tensions judiciaires et politiques. La question de son retour et de sa éventuelle mise à disposition de la justice reste ouverte, posant un défi tant à l’homme qu’aux institutions de la République.
A-Tchol pour Billetdujour.com




































