Cette année, le pays a assisté à une gifle de vérité : 187 enseignants surveillants interpellés pour complicité de tricherie lors des examens nationaux. Plus nombreux que les élèves incriminés, ces chiffres ne sont pas de simples écarts individuels. Ils révèlent une hémorragie de probité au cœur même de l’école, institution que la nation érigeait naguère en rempart contre l’ignorance et l’injustice.

Un enseignant porte la responsabilité première : transmettre le savoir, mais aussi inculquer la morale civique et l’exigence du mérite. Quand celui qui doit montrer la voie la foule aux pieds pour un gain immédiat, il détruit le socle même de l’éducation. La tricherie circulant des salles d’examen jusqu’aux couloirs des établissements normalise la malhonnêteté et brouille les frontières entre réussite honnête et imposture. Le message envoyé aux élèves est clair et corrosif : contourner les règles qui paient.

Mais pointer du doigt l’individu sans voir le système serait inexact. Ce fléau puise ses racines dans des conditions de travail dégradées, des salaires insuffisants, une culture d’impunité et des examens mal sécurisés. Là où la pression sur les taux de réussite est extrême, où les gains politiques ou locaux sont liés aux performances scolaires, la tentation de tricher s’organise et se professionnalise.

Les 187 interpellations sont autant de symptômes d’un malaise structurel nécessitant des réponses radicales.

L’État a fait ce qu’il devait faire : détection et arrestations. Mais cette étape n’est que le point de départ. Sans sanctions exemplaires et transparence des procédures, la colère publique se transformera en résignation. Sans amélioration des conditions des enseignants et sans révision profonde des méthodes d’organisation des examens, la fraude reprendra. Il faut sceller les sujets, diversifier et former les surveillants, protéger les lanceurs d’alerte, et rénover la déontologie professionnelle dès la formation initiale.

Au-delà des mesures techniques, une bataille morale s’impose. Restaurer l’autorité de l’école demande que chaque acteur : parent, chef d’établissement, inspecteur, politique, rejette la logique du court terme et défende la valeur du mérite. L’institution scolaire peut encore redevenir un lieu d’émancipation et d’intégrité. Mais cela exigera courage politique et volonté collective. Faute de quoi, le pays perdra plus que des examens : il perdra la capacité à former des citoyens dignes de confiance.

A-Tchol pour Billetdujour.com