Des véhicules sortis d’usine, flambant neufs et annoncés comme la solution au vieux parc de transport, vont désormais bientôt circuler a-t-on appris dans la capitale guinéenne, sûrement dans plusieurs villes de l’intérieur. Sur le papier, amélioration du confort, montée en gamme et sécurité renforcée devaient être au rendez‑vous.

Dans la réalité, ces gains sont remis en cause par des routes défoncées, criblées de nids‑de‑poule et d’ornières, qui usent prématurément châssis et suspensions et provoquent pannes et retards fréquents. À cela s’ajoute le non‑respect généralisé du code de la route : dépassements dangereux, feux grillés, stationnements en double file et priorités ignorées exacerbent les risques pour les passagers et neutralisent souvent les systèmes de sécurité embarqués.

Les conséquences humaines et économiques sont immédiates. Les secousses répétées et les accidents liés à l’état des chaussées aggravent les maux chroniques des usagers vulnérables et dissuadent certains citoyens d’utiliser le transport public. Pour les opérateurs, la facture est lourde : coûts de maintenance multipliés, pièces détachées usées, et image ternie qui fragilise la fréquentation. L’investissement visible dans des bus neufs prend ainsi des allures de geste symbolique si l’on oublie l’essentiel : la route sur laquelle ils doivent circuler.

Ce paradoxe s’explique par des causes structurelles : budgets d’entretien routier insuffisants, planification urbaine lacunaire, formation inadaptée des conducteurs et absence de contrôle effectif du respect des règles. La priorité politique donnée à l’acquisition d’équipements médiatisables laisse souvent la réhabilitation des infrastructures en arrière‑plan, aggravée par des lenteurs administratives et des pratiques opaques dans certains marchés publics.

Pour que la modernisation des véhicules produise ses effets, une approche intégrée est indispensable. Il faut réhabiliter d’abord les tronçons critiques, prévoir un entretien pluriannuel financé et transparent, renforcer les contrôles routiers et la formation des conducteurs, et adapter les véhicules aux réalités locales (garde au sol, renforts de suspension). Parallèlement, des campagnes de sensibilisation doivent encourager le respect du code de la route chez tous les usagers.

À Conakry comme ailleurs, l’achat des engins neufs pour le transport ne suffira pas à transformer le quotidien des usagers sans une remise à plat des infrastructures et des comportements. Moderniser sans réparer les routes et sans faire respecter les règles revient à masquer le problème plutôt qu’à le résoudre. Les autorités, les opérateurs et la société civile doivent agir de concert pour que l’espoir d’un transport public digne devienne une réalité durable.

A-Tchol pour Billetdujour.com