Le 2 mai 2026 restera gravé dans la mémoire de Soyah. Vers 23 heures, Fatoumata Diallo s’est présentée au centre de santé de ce village proche de Mamou pour accoucher. Au lieu d’une prise en charge, elle a été abandonnée : les agentes de garde n’ont apporté aucune assistance. La parturiente a mis au monde son enfant seule, à la devanture du centre, dans des conditions qualifiées d’inhumaines par des habitants et des internautes.
L’affaire a rapidement enflammé les réseaux sociaux et suscité une vive indignation locale. Alertée par la mobilisation, la Direction préfectorale de la santé de Mamou s’est saisie du dossier. La mère et son nouveau-né ont été évacués et pris en charge à l’hôpital régional de Mamou, où leur état a été stabilisé. La cheffe du centre, Maningbè Kandè, a été relevée de ses fonctions. Les deux autres agentes présentes, Maïmouna Djiba Sow et Cécile Balamou, ont été interpellées et placées sous mandat de dépôt.
Procès et réquisitions
Le mardi 12 mai, les trois agentes ont comparu devant le tribunal de première instance de Mamou. Elles ont reconnu les faits, à des degrés divers. La partie civile, représentée par la famille de la victime, a annoncé son désistement par écrit. Le procureur de la République a toutefois requis des peines lourdes : pour Maïmouna Djiba Sow et Cécile Balamou, deux ans d’emprisonnement dont 23 mois avec sursis et une amende de 15 millions de GNF ; pour la cheffe de centre, Maningbè Kandè, deux ans d’emprisonnement entièrement avec sursis et 10 millions de GNF d’amende. Le tribunal a renvoyé l’affaire au 19 mai pour délibéré.
Un symptôme du malaise en milieu rural
Ce drame n’est pas un fait isolé, mais le révélateur d’un dysfonctionnement systémique. En Guinée, 65 à 70% de la population vit en milieu rural, alors que seulement 17% du personnel médical public y exerce. Les centres de santé de proximité, premier recours pour ces populations, manquent souvent de personnel, d’équipements et de formation. Surcharge de travail, salaires peu attractifs favorisant l’absentéisme, infrastructures dégradées et faibles dispositifs d’astreinte nocturne expliquent en partie ces défaillances. Les accouchements hors horaires ouvrables et autres urgences nocturnes y sont particulièrement exposés.
À Mamou, l’hôpital régional dispose de 90 lits et de services partiellement digitalisés et d’équipements récents, mais il est régulièrement submergé par les évacuations des centres périphériques. Le cas de Soyah relance la question de la responsabilité individuelle des agents mais aussi celle des autorités sanitaires et de l’État dans la gestion des ressources humaines et matérielles.
Vers des réponses concrètes
Des solutions existent et commencent à être discutées. Parmi les pistes retenues par des acteurs locaux et des spécialistes :
renforcer les ressources humaines en affectant des médecins généralistes communautaires dans les centres ruraux, avec formation continue aux urgences;
instaurer des mesures incitatives (primes, logements de fonction) pour améliorer la présence et la permanence des agents;
définir des protocoles stricts d’astreinte nocturne et garantir une supervision préfectorale active;
accélérer la digitalisation des centres et multiplier les partenariats pour augmenter la capacité d’accueil des hôpitaux régionaux;
mobiliser et former les relais communautaires (RECO) et agents de santé communautaires (ASC) pour une prévention et une prise en charge décentralisées.
Le programme PASSGUI et d’autres initiatives pourraient jouer un rôle de catalyseur pour ces réformes, en visant une couverture santé universelle plus équitable.
Un signal pour la justice et les politiques publiques
Le délibéré du 19 mai servira de test : pour la justice, qui doit trancher sur la responsabilité individuelle des agentes, et pour les autorités sanitaires, dont les décisions et réformes seront scrutées après ce scandale. Au-delà des sanctions pénales, l’enjeu reste la restauration de la confiance des populations dans un système sanitaire essentiel à la vie des Guinéens.
Ce drame de Soyah appelle une mobilisation nationale pour que le serment d’Hippocrate ne soit pas qu’un mot, mais un engagement effectif au service de chaque patient, surtout dans les zones les plus vulnérables.
Backtumbla pour Billetdujour.com





































