MADAME DIALLO AISSATOU BALDÉ: « NOMBREUSES EMPLOYÉES DOMESTIQUES NE REÇOIVENT PAS D’AIDE QUAND ELLES SONT MALADES »

Elle est la secrétaire générale du Syndicat national des travailleurs et travailleuses domestiques de Guinée, SYNTRAD. Madame Diallo Aissatou Baldé a, au cours de cet entretien qu’elle a bien voulu nous accorder, revenue sur les prorogatifs, défis, … du SYNTRAD. Lisez !
Billetdujour.com : Faites une brève  présentation de votre Structure ?
Madame Diallo Aissatou Baldé : Le Syndicat national des travailleurs et travailleuses domestiques de Guinée est constitué des femmes qui travaillent dans les maisons, des chauffeurs, des jardiniers et des gardiens, tout ce qu’ils font est domestique. Particulièrement, ils nettoient, lavent le linge et s’occupent des jeunes enfants.
Les femmes sont les plus nombreuses et elles se retrouvent dans les grandes villes de Conakry.
Nous sommes une Organisation affilée à la CNTG (Confédération national des travailleurs de Guinée).
A l’image de tout syndicat qui se respecte, le SYNTRAD a pour mission principale de promouvoir et de défendre les droits et intérêts des travailleurs et travailleuses. Nous jouons le rôle d’intermédiaire entre l’employé et l’employeur.
Quel bilan pouvez-vous nous présentez ?
Ces dernières années, nous avons pu identifier plus de 100 victimes de traite de personnes. Elles sont d’ailleurs en cours d’intégration avec l’Organisation internationale pour la migration, OIM.
L’Actuellement 36 personnes ont été réintégrées. Il y’a aussi parmi ce groupe des gens qui ont ouvert des boutiques d’alimentation, de produits cosmétiques. Et, les enfants ont été réinsérés à l’école.
En dépit de la pandémie de covid19, au courant de l’année 2020, nous avons pu recevoir une vingtaine de plaintes. Ces plaintes ont été a aussitôt traitées.
Au niveau de l’implantation, nous avons à l’intérieur du pays pour le moment, deux antennes, une à Mamou et une autre à Labé.
A Conakry, nous sommes en train d’installer des bureaux dans toutes les cinq communes de la capitale. Notre syndicat a dans l’ensemble 425 adhérents.
Quel avantage à ton en adhérant à votre Syndicat ?
A l’image de tout Syndicat qui se respecte, le nôtre protège ses membres. En cas de problème d’un membre dans son lieu de travail, nous sommes disposés même de lui trouver un avocat. Ce dernier sera pris en charge par notre entité et le plaignant ne payera aucun franc.
L’adhésion est conditionnée par l’achat de la carte annuelle de membre à 5000GNF avec deux photos. Une pour le registre et la seconde pour la carte où les renseignements, l’adresse de l’adhérant seront mentionnés. La validité de cette carte est un an.
En plus, nous facilitons le traitement salarial de nos membres. Vous savez, il y a des Structures qui placent des femmes dans les ménages et ces dernières sont soumises à des sous-traitances.
Avec notre Syndicat, ces pratiques sont prohibées. Le travailleur touche directement son salaire avec le patron et il ne nous verse rien en retour.
Un autre facteur, nous exigions que l’emploi soit payé au-dessus du Smig. C’est-à-dire à 500 mille GNF au minium, un montant supérieur au Smig qui est à 440 mille GNF.
Quels sont les problèmes les plus récurrents ?
Le grand problème se situe dans le retard du payement des salaires. En plus, il y a le travail excessif, les menaces sont entre autres les difficultés qui sont récurrentes. Et, sans oublier le refus de certains de se confier à leur syndicat. D’ailleurs, tout récemment, nous avons enregistré deux cas d’abus sexuelles. Malheureusement, les victimes n’ont pas voulu qu’il y ait justice. Ces dernières et d’autres cas similaires nous bloquent souvent dans nos élans.
Celles qui sont victimes préfèrent disparaître dès que nous nous engageons pour un procès contre leurs bourreaux.
L’autre mal, nombreuses employées domestiques ne reçoivent pas d’aide quand elles sont malades, exclues des repas familiaux. Elles sont souvent tenues à l’écart, insultées et moquées. Elles peuvent aussi être victimes de coups, de harcèlement sexuel et de viol.
Il y a aussi le manque de moyens, le refus de certains patrons de voir leurs employés syndiqués.
Parlez-nous des Convention 189?
Sourire. Cette Convention protège les employés de maisons, les femmes de ménages, les travailleurs domestiques. Elle nous a permis de renforcer le pont par un bon rapport entre les employés et les patrons.
La Guinée est également parmi les pays qui ont voté pour l’adoption de cette convention 189 et la recommandation 201 sur le travail domestique. Cette convention reconnaît le droit des travailleurs domestiques de constituer un syndicat et de s’y affilier, elle protège le droit à un salaire minimum dans les pays où celui-ci est garanti, les payements mensuels et l’accès à la sécurité sociale. Elle accorde également aux travailleurs, un jour de congé par semaine et réglemente leur temps de travail afin qu’ils soient traités au même titre que les autres travailleurs, conformément au code du travail.
Vous savez si les patrons qui ont des enfants sortent les matins pour rentrer les soirs dans la paix, c’est parce qu’ils ont des personnes qui veillent sur leurs enfants. Il y a quelqu’un qui fait leur travail. A défaut d’avoir une personne qui assure la tranquillité chez vous, vous n’aurez paix du cœur dans vos services et c’est votre travail qui sera encore perturbé.
C’est pourquoi, on doit mettre ces travailleurs domestiques dans les meilleures conditions. La femme qui veille sur ton enfant, si elle n’est pas dans les bonnes conditions, elle ne pourra pas bien le faire. Et, n’oubliez que celle qui s’occupe de votre enfant a aussi besoin du repos. Si un patron ne pense à ça, le travail devient une exploitation.
Aux travailleurs, il faut qu’ils accordent un respect à leurs patrons. Tout en sachant que la personne qui t’emploie travaille dure pour pouvoir te prendre en charge.
Entretien réalisé par Mouctar Kalan Diallo

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