Ce vendredi 19 décembre, un atelier de validation du rapport d’évaluation du paysage de l’intelligence artificielle en Guinée a eu lieu. Un espace hôtelier de la place a servi de cadre. Plusieurs cadres d’horizons différents ont pris part à cette rencontre. L’objectif est de valider le diagnostic du paysage numérique, mais également élaborer une feuille de route stratégique pour le pays.

« Aujourd’hui l’intelligence artificielle est un enjeu mondial. Une révolution qui transforme déjà la vie de millions de citoyens à travers le monde.

Au niveau des emplois, par exemple, nous constatons des impacts positifs mais aussi des défis. Grâce aux acquis de ces dernières années en matière d’infrastructures, de renforcement de capacités et de mise en place de cadres réglementaires, la Guinée souhaite se positionner à l’avant-garde. C’est pourquoi nous travaillons à l’élaboration d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle qui couvrira tous les aspects de la vie de nos concitoyens : impacts socio-économiques, respect des droits humains, protection des données personnelles », a déclaré le Directeur national des technologies de l’information et de l’économie numérique (DNTIEN), Aly Chérif.

Puis de poursuivre en ces termes : « Ce qu’il faut souligner, c’est que nous voulons que l’intelligence artificielle reflète nos réalités locales. Nous ne souhaitons pas être uniquement des consommateurs d’outils étrangers. Nous voulons encourager l’innovation et l’entrepreneuriat afin que notre jeunesse, qui représente la majorité de la population, devienne créatrice de valeur grâce à l’intelligence artificielle. L’objectif est double : contribuer à l’économie nationale et améliorer la qualité de vie de nos concitoyens. Les outils d’intelligence artificielle sont transformateurs. Ils touchent la numérisation, les réseaux sociaux, et nous savons tous les impacts que cela peut avoir. Notre ambition est de prendre ces évolutions du bon côté, en mettant en place une stratégie alignée à la fois sur le programme Simandou 2040 du président de la République et sur les besoins réels de nos citoyens », a-t-il précisé.

Le DNTIEN du MTPEN de revenir sur les piliers fondamentaux de cette stratégie nationale: – Les cadres réglementaires;

– Le renforcement de capacités;

– Le capital humain.

« Nous avons déjà lancé plusieurs initiatives, comme le Grand Prix de l’Innovation, qui récompense les jeunes innovateurs dans l’intelligence artificielle et les technologies émergentes. Nous menons également des campagnes de sensibilisation et de formation, afin de créer des cursus adaptés, aussi bien au niveau universitaire que dans la formation professionnelle. L’objectif est de donner aux jeunes les compétences nécessaires pour intégrer le marché du travail, innover et contribuer au développement de notre économie.  L’intelligence artificielle est une opportunité majeure pour la Guinée. Elle doit être pensée comme un levier de développement économique et social, mais aussi comme un outil au service de nos réalités locales. Notre ambition est claire : bâtir une stratégie nationale inclusive, innovante et durable, qui place la jeunesse au cœur de la transformation numérique », a conclu Aly Chérif.

Le consultant national du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Emmanuel Elolo Agbenonwossi a, à son tour de faire savoir qu’avec ce diagnostic, qu’ils ont compris que la Guinée a franchi une étape déterminante dans sa transformation numérique.

Avec, a-t-il souligné, la publication de la dernière évaluation AILA du Programme des Nations Unies pour le développement: « cet exercice inédit offre une lecture consolidée et objectivée du niveau de préparation vis-à-vis de l’IA du pays à concevoir, à déployer et surtout à encadrer l’intelligence artificielle de manière responsable et alignée sur les priorités nationales. Il est fondé sur une méthodologie rigoureuse et participative qui nous a permis de faire une évaluation qui a mobilisé au total 34 documents stratégiques, 12 cadres régionaux et internationaux, 78 entretiens avec le secteur privé, le monde académique et 60 questionnaires multisectoriels pour la société civile, le secteur privé et aussi pour le gouvernement », a cité Emmanuel Elolo Agbenonwossi.
Sur la même lancée, le facilitateur de préciser que ces résultats situent la Guinée à un score national de préparation de 2,1 sur 5: « ce qui est un niveau correspondant à une phase intermédiaire de maturité. Ce niveau reflète l’existence de fondations, donc il y a des fondations numériques réelles et d’une volonté institutionnelle affirmée du gouvernement. »
Le consultant Agbenonwossi a par ailleurs fait remarquer qu’en dépit des efforts fournis le gouvernement guinéen, des insuffisances ont été constatées : « notamment en matière de capacité de calcul, de gouvernance des données et aussi le cadre juridique et éthique », a-t-il indiqué.
Quant aux avancées, le consultant national du PNUD de rappeler que la Guinée a fait des avancées notables au niveau des infrastructures numériques dans le pays: « avec une couverture à plus de 95 %, l’extension du backbone national 12 000 km et un second câble sous-marin qui est en train d’arriver, mais aussi la mise en service d’un data center souverain…. Pour la gouvernance de l’IA dans l’action publique, il est clair que le gouvernement guinéen veut vraiment amener la Guinée à une certaine échelle. Mais il faut aussi noter que, face à ces constats, le rapport définit aussi une vision nationale à l’horizon de 2035. »
De son côté, le Représentant Resudent du PNUD, Anthony Ohemeng-Boamah de relever que la démarche dudit atelier s’inscrit dans un contexte où les technologies émergentes façonnent durablement les économies et sociétés mondiales. Avant d’ajouter que la Guinée dispose désormais d’une occasion stratégique de dessiner son avenir numérique sur des bases inclusives, souveraines et durables. « Menée selon une méthode exigeante et collaborative, le processus AÏLA offre une analyse objective et étayée de la capacité de la Guinée à intégrer l’intelligence artificielle…. La feuille de route issue de l’évaluation met l’accent sur l’équité territoriale, garantissant une répartition équilibrée des bénéfices et place le développement du capital humain au cœur de la stratégie, notamment par la formation annuelle de 5000 agents publics. Elle prévoit aussi la création d’un Data Hub national, la mise en œuvre de projets pilotes, le renforcement de la cybersécurité et l’élaboration d’un cadre juridique adapté. Le PNUD renouvelle son engagement à accompagner la Guinée dans la mise en œuvre des recommandations de l’AILA et à soutenir l’élaboration d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle axée sur l’inclusion et la durabilité », a assuré le Représentant Resident du PNUD en Guinée.
« Vous remarquerez qu’au niveau des Nations Unies, la e-gouvernance a pris un accent tellement particulier qu’on a un indice des Nations Unies sur le développement de la e-gouvernance des pays. Et depuis 2022 à 2024-2025, la Guinée a fait au moins un bond de 25 points en avant en ce qui concerne notre classement. Donc le classement, il reste encore pas excellent pour nous parce que les ambitions sont très élevées…. Il y a du retard. Mais l’intelligence artificielle, si on se positionne à très bon niveau, nous pouvons aussi rattraper beaucoup de choses et peut-être, être pionniers. Il n’est pas nécessaire de suivre la voie du développement de manière linéaire comme d’autres l’ont fait. On peut bien se positionner à un endroit et puis mettre le paquet. Donc, avec votre présence à tous ici, cela dénote l’engouement, l’intérêt pour ce travail. Et j’espère, au nom du Premier ministre que ce soutien va continuer », a pour sa part déclaré le conseiller du Premier ministre, Himi Touré.
Au nom de la ministre des Postes, des télécommunications et de l’économie numérique, le chef de cabinet, Nfaly Sylla de clôturer l’atelier de validation du rapport d’évaluation du paysage de l’intelligence artificielle en Guinée en indiquant que le pays vient de franchir une étape majeure et stratégique en consolidant sa souveraineté numérique et en orientant résolument son développement technologique sur des bases solides et anticipatrices.
« À la lecture attentive du rapport du consultant, il apparaît clairement que la Guinée n’est pas en retard à l’échelle continentale. Elle dispose d’atouts solides, une population jeune, un écosystème technologique en expansion, des institutions académiques qui montent en compétences et une administration en pleine transformation numérique. Ces acquis sont appuyés par une vision politique forte, portée par Son Excellence le président de la République, Mamadi Doumbouya, qui a assigné au gouvernement l’objectif de faire du numérique un pilier de la souveraineté, de la gouvernance et de la compétitivité de notre nation….
L’intelligence artificielle que nous voulons doit rester au service de l’humain. Championne de la transparence, de sécurité et d’équité tout en contribuant à l’innovation locale et à l’inclusion sociale. Ce moment n’est pas une fait en soi, comme vous l’avez dit cher docteur Imi, mais le point de départ d’une mise en œuvre ambitieuse.
C’est la transformation de cette feuille de route en projet concret, financé, suivi et évalué qui fera la différence dans la vie de nos citoyens », a déclaré Nfaly Sylla.
  
Richard TAMONÉ pour Billetdujour.com