Malgré le déblocage des milliards de francs guinéens par le gouvernement de transition pour l’assainissement de la capitale, l’impact est à peine visible sur le terrain. Des tas de déchets jonchent les routes, souvent brûlés à ciel ouvert ou abandonnés, créant un environnement insalubre qui worked aux promesses des autorités. Les habitants de Conakry vivent au quotidien dans un cimetière d’ordures où l’amateurisme du ministère de l’Assainissement devient flagrant.

La coordination entre le ministère et les communes est défaillante. Le gouvernement a délégué la gestion des déchets aux communes sans succès jusqu’à présent, selon les observations de terrain. L’absence de structures responsables du ramassage quotidien des ordures devient critique. La décharge de Dar-Es-Salam, qui avait déjà subi un éboulement en 2017 causant 9 morts, pourrait être fermée prochainement, aggravant la situation. La Direction générale de l’Assainissement manque de ressources propres, d’où l’introduction d’une redevance spéciale d’assainissement sur les factures d’eau à partir de février 2026. Plusieurs ministères ont compétence en matière d’eau et d’assainissement sans coordination claire, tandis que la Politique Nationale de l’Assainissement date de 2011, montrant un retard considérable dans l’actualisation des stratégies.

Le Projet d’Assainissement de Conakry lancé en 2018 a cependant enregistré certains résultats tangibles. L’acquisition de plusieurs équipements roulants comprenant des camions de collecte et des engins lourds, la distribution de poubelles familiales et des bacs à ordures, la construction de 5 points de collecte de déchets et la réhabilitation de la Station de Traitement des Boues de Vidange de Sonfonia témoignent d’efforts initiaux. Mais ces acquis ne suffisent pas à transformer durablement la situation, comme le confirme l’organisation DW : « les résultats demeurent à peine perceptibles ».

La sous-région francophone offre des exemples convaincants que la Guinée pourrait copier. Au Sénégal, le Plan Karangué 4 à Dakar vise à réduire de 80% le taux d’insalubrité dans les différentes communes sur 10 mois avec 35 éléments et 4 véhicules d’intervention. L’initiative complémentaire «Setal Sunu Réew» impose chaque premier samedi du mois un nettoyage obligatoire où tous les Sénégalais, incluant le président Bassirou Diomaye Faye, participent au nettoyage des rues et plantent des arbres. Le Rwanda, devenu le pays le plus propre d’Afrique, inaugure l’Umuganda chaque dernier samedi du mois de 7h à 11h, service communautaire obligatoire pour tous de 18 à 65 ans. La police surveille les rues et les non-participants sont arrêtés et nettoyés sur place, avec une amende de 5 000 francs rwandais pour non-participation. Le président et son cabinet participent exemplairement. Les sacs en plastique sont interdits depuis 2008 avec des contrôles jusqu’aux valises des touristes. En Côte d’Ivoire, la Brigade d’assainissement et de salubrité sévit contre l’insalubrité à Abidjan et dans les villes de l’intérieur, avec une mission claire de lutte contre l’insalubrité notamment sonore.

La Guinée doit s’inspirer de ces modèles pour créer une Brigade spéciale de lutte contre l’insalubrité avec amendes de 10 à 30 000 FCFA, instaurer un Cleaning Day mensuel obligatoire le premier samedi du mois avec participation du Président, interdire les sacs en plastique et renforcer le contrôle aux frontières, renforcer la coordination entre ministère et communes avec un plan opérationnel clair, lancer des campagnes de sensibilisation interactives dans écoles, marchés et quartiers pour changer les comportements, sécuriser les équipements avec des équipes de protection pour les équipes de nettoyage comme à Dakar, et développer le recyclage et l’upcycling pour stimuler l’économie circulaire.

L’amateurisme guinéen se manifeste par une coordination défaillante, un engagement citoyen insuffisant et une gestion fragmentée. Les exemples du Sénégal avec le Plan Karangué 4 et Setal Sunu Réew, et du Rwanda avec l’Umuganda, montrent que l’État peut mener une lutte efficace quand il combine obligations, amendes, leadership exemplaire et sensibilisation massive. La Guinée doit passer d’une approche promotionnelle à une approche opérationnelle avec des résultats concrets mesurables. Les  milliards de francs débloqués ne seront pas un investissement perdument si le ministère de l’Assainissement ne change pas radicalement sa méthode de travail. Conakry attend des résultats visibles, pas des promesses.

A-Tchol pour Billetdujour.com