Partie 2 : Pour ne pas revenir au point de départ, il faut se souvenir d’où on vient.
Connu pour avoir été un opposant farouche et très critique à tous les régimes qui se sont succédé au pouvoir en Guinée depuis 1990, beaucoup m’ont interpellé sur la situation et s’étonnent que je ne sois pas aussi critique envers Mamadi Doumbouya et le régime actuel. Ma réponse est la suivante :
1- Je ne me fie pas qu’aux apparences. Je fais une analyse approfondie avant de juger. Surtout dans la situation actuelle de notre pays.
2- Quand M. Doumbouya renversait Alpha Condé, le dictateur qui, après ses deux mandats officiels, forçait un troisième mandat et avait rendu la vie infernale aux populations de Ratoma avec des PA, fait plus de 3000 prisonniers, presque tous de la même communauté, et il venait de lancer des menaces de « couper la queue à quiconque le défierait désormais ».
Dans ses menaces, Alpha Condé, qui avait fait plus de 400 morts à Conakry et des fosses communes à N’Zérékoré, fit savoir que les Guinéens n’avaient pas encore connu sa face mauvaise qu’ils allaient désormais découvrir. Ses crimes, dirigés essentiellement contre une communauté, alors que sa politique s’appuyait sur une autre communauté, exacerbait les tensions ethniques et rendait une guerre civile en Guinée de plus en plus probable. C’est le CNRD qui a libéré ces personnes et a mis fin à la division et aux tensions ethniques dans le pays. Aujourd’hui, les tensions politiques sont de retour en Guinée, mais pas entre les ethnies. Elles pourraient resurgir si Alpha Condé revenait dans la vie politique guinéenne.
Le talent d’Alpha Condé, c’est la Manipulation, sa philosophie, le Nihilisme, la Division ethnique. Pour lui, le Chaos est une échelle, sa clef de réussite, son moyen d’ascension vers le pouvoir. Nous devons être vigilants et responsables.
Le 20 novembre 2020, j’avais lancé un appel public à l’armée guinéenne, institution à caractère républicain, de jouer son rôle en arrêtant Alpha Condé avant qu’il ne soit trop tard pour la Guinée. Pour moi, le putsch du 5 septembre 2021 a donc été une délivrance pour notre pays.
3- Je ne veux en aucune manière contribuer au retour d’Alpha Condé au pouvoir en Guinée.
4- Une série d’événements m’ont convaincu que malgré l’apparence des choses, Mamadi Doumbouya n’est pas une personne aussi mauvaise que les partisans du président déchu et des anciens ministres leaders politiques le prétendent. Le CNRD, malgré ses défauts, pose des actes qui seront bénéfiques au pays dans l’avenir :
– Depuis plus de 40 ans, l’administration guinéenne était constipée et n’offrait aucune perspective d’emploi aux futures générations, à part aux enfants des personnes influentes qui confisquent l’État guinéen. Même l’armée était devenue une affaire de clan et de famille. Dans l’administration comme dans l’armée, la quasi-totalité des membres de certaines familles sont recrutés par favoritisme, tandis que les jeunes diplômés sont condamnés à prendre le chemin du désert et de la mer. En Guinée, il y a des familles dont tous les membres, pratiquement tous, sont militaires ou gendarmes, hommes et femmes. Le CNRD a eu le courage d’apporter une certaine normalisation dans la chaîne de recrutement et des retraites dans la fonction publique. Tout n’est pas parfait, mais les bases ont été posées. Les retraites sont désormais automatiques et sans distinction, et des concours sérieux sont organisés pour le recrutement dans la fonction publique.
– La décision courageuse d’organiser le procès des crimes du 28 septembre 2009 ;
– La création d’une Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) ;
– Face aux sociétés minières, le CNRD a fait preuve de courage et de patriotisme en arrachant des parts pour la Guinée, qu’aucun régime n’avait cherché ou réussi à obtenir depuis l’indépendance.
– Le projet de construction de raffineries en Guinée résulte de la détermination personnelle de Mamadi Doumbouya à voir les Guinéens tirer enfin profit de leurs ressources minières.
– Quand une citoyenne pauvre et simple, M’Ma Sylla, fut victime de viol et de violence, le président de la transition débarqua, de façon inattendue, à l’hôpital pour manifester sa compassion et lui apporter son soutien.
– Lorsque la petite collégienne Safiatou Diallo a perdu toute sa famille dans un incendie, Mamadi Doumbouya est intervenu personnellement pour essuyer les larmes de l’orpheline et lui donner un toit et une famille.
– À chaque fois que des Guinéens sont en détresse et pris pour cibles à l’extérieur du pays, le CNRD, malgré les moments difficiles et les restrictions financières qu’il subit, dépêche des avions pour secourir nos compatriotes.
– En 2022, un jeune paraplégique, c’est-à-dire infirme des deux pieds (Koto Alpha Barry), que je connaissais bien à Kankan, dans le quartier de M’Baliya, est tombé gravement malade. Mamadi Doumbouya s’est occupé de lui et l’a fait hospitaliser à Conakry. Sa femme, laissée derrière, reçoit de l’argent pour prendre soin de leurs enfants pendant que son époux est soigné à l’hôpital Sino-guinéen. L’état de santé de ce dernier se dégrade rapidement. Mamadi Doumbouya a voulu le faire évacuer à l’extérieur pour le sauver à tout prix, mais les médecins ont dit qu’il ne supporterait pas le voyage. Malheureusement, Koto Alpha, que certains connaissaient sous le surnom « Colonel », est décédé le vendredi 2 décembre 2022 et son enterrement eut lieu le samedi 3. Les sacrifices et les dépenses liées à ses funérailles furent payés par Mamadi Doumbouya.
– Le samedi 10 février 2024 à 11 h TU, nous, le parti Bloc pour l’Alternance en Guinée (BAG), avons organisé une grande cérémonie de remise de dons aux 375 familles sinistrées de l’explosion du dépôt de carburant de Conakry dans la nuit du 17 au lundi 18 décembre 2023, au siège de notre parti à la Cimenterie. Le 27 février, je suis saisi d’une demande par une femme qui me parle d’un bébé et de sa maman entre la vie et la mort après un accident de voiture. Il s’agit d’une famille originaire de Télimélé. Le bébé et sa maman ont été conduits à l’hôpital Donka. Une opération d’urgence est nécessaire pour sauver la vie du bébé, mais la famille ne peut supporter le coût. On me demande mon aide, certainement après avoir su que nous avions aidé les sinistrés de Kaloum. J’envoie une mission à l’hôpital le lendemain pour cela. Je m’engage à payer tous les frais et prie les médecins d’opérer le bébé. Cependant, la famille du bébé m’informe que tout a été payé, à la fois pour le bébé et pour sa maman. La personne qui avait sollicité mon intervention pense que c’est moi qui ai payé. Je lui fais savoir que ce n’est pas moi, parce que quand j’ai envoyé la commission, on m’a informé que la facture avait déjà été payée par un donateur anonyme. Je pousse donc les enquêtes pour savoir qui peut être cette personne afin que je puisse venir la remercier personnellement. Avec mon insistance, une source hospitalière m’informe que c’est Mamadi Doumbouya qui aide des malades démunis. Sans bruit ni publicité quelconque.
Ci-dessous, la photo du bébé en question :
– Mali Yimbering est une préfecture lointaine abandonnée par l’État guinéen depuis l’indépendance. À son arrivée au pouvoir, la construction de la route Labé-Mali Yimbering fut le premier projet du CNRD décidé et ratifié par ordonnance. À cela s’est ajoutée la réalisation, en urgence, des travaux routiers à Conakry et sur l’axe Conakry-Kindia-Mamou-Dabola-Kouroussa-Kankan. Pour le grand soulagement de nos populations !
– Jusque-là, en cas d’urgence sanitaire, toute la Guinée se tournait vers la capitale Conakry ou vers des pays voisins, selon les moyens de la famille touchée. Une autre décision importante du CNRD fut la construction de quatre hôpitaux modernes dans les régions naturelles de la Guinée.
Dans ses projets de construction ou de déguerpissement, le CNRD ne visait ni ne favorisait une communauté ou une région de la Guinée. C’est parce que le programme a été globalement interrompu que des localités comme la Sig-Madina ont été épargnées.
Ils étaient animés par la volonté d’identifier les problèmes et de chercher à les résoudre ou à soulager les populations sur toute l’étendue du territoire national.
La route pour laquelle MALI se bat depuis 1960 est en cours de réalisation en ce moment.
Le vendredi 2 août 2024, le président de la transition, Mamadi Doumbouya, a promulgué la loi portant sur l’accord de financement pour la construction des hôpitaux régionaux de Kindia et Labé.
Par ailleurs, le jugement des crimes du 28 septembre 2009, dont le verdict satisfaisant est tombé le mercredi 31 juillet 2024, est aussi un fait historique que nous devons au CNRD. Ce jugement important de l’histoire et de l’avenir de la Guinée, tout comme la construction de raffineries pour permettre au peuple de Guinée de tirer un peu de bénéfice de ses ressources minières, avec pour notre pays la possibilité d’amorcer un véritable processus de développement, sont dus à l’engagement personnel de Mamadi Doumbouya. Pour nous, cela témoigne de la bonne foi du CNRD et de Mamadi Doumbouya lorsqu’ils affirmaient vouloir éviter que les erreurs du passé ne se répètent en Guinée.
Alpha Condé, qui est venu au pouvoir avec l’arrière-pensée de ne pas poursuivre le processus démocratique et de se maintenir à vie au pouvoir, avait catégoriquement refusé ce jugement. Au contraire, il a même conclu un pacte avec les auteurs des crimes contre l’humanité pour le soutenir dans son projet, en échange de postes et titres ministériels.
Ces faits, nous devons les apprécier et les prendre aussi en compte dans notre évaluation du régime actuel. Ne les minimisons pas avec des arguments tels que « Oui, mais c’est leur devoir ! ». En effet, cela n’a pas été la tradition dans la gouvernance en Guinée. Depuis l’indépendance, si nous n’avions pas des quartiers de Conakry sans route tracée, sans aduction d’eau ou des villages complètement abandonnés dans le pays, nous penserions que les régimes qui se sont succédé à la tête du pays considéraient cela comme un devoir. D’ailleurs, il est de notoriété publique que le régime PUP de Lansana Conté, vers sa fin, était considéré comme une gouvernance « koutou koutou » tant ses ministres étaient préoccupés par l’enrichissement personnel. Le régime RPG d’Alpha Condé, surnommé « père de la corruption », était encore moins décent que celui du PUP.
On se rappelle, par ailleurs, qu’un ministre d’Alpha Condé a témoigné qu’il a eu des problèmes avec le président quand il a présenté des projets concernant le Fouta, comme les autres régions.
Tous ces faits ont renforcé ma conviction que Mamadi Doumbouya n’était pas une mauvaise personne. Je lui étais déjà reconnaissant d’avoir chassé le démon de notre pays, la Guinée. C’est pour cette raison que, connaissant l’enjeu de la situation et convaincu que son régime est saboté de l’intérieur du système, je prends le temps d’observer, d’analyser et de bien comprendre les choses avant de juger.
La mort tragique de Sadiba Koulibaly a profondément choqué toute la nation et jeté un doute sur le régime CNRD. Je m’attendais à une relance du dialogue politique qui allait contribuer à apaiser le climat social et commencer à rassurer les partenaires du pays qui sont censés apporter les financements de nos différents programmes nationaux, et non à la disparition des acteurs des forces vives et des responsables du FNDC.
Mais si le CNRD a une force quelconque, c’est surtout la capacité d’enchaîner des erreurs politiques et de se mettre tout le monde à dos au même moment. Mamadi Doumbouya est-il mal conseillé ou bien n’écoute-t-il tout simplement pas les conseils ?
C’est la conséquence de la façon dont ils ont commencé leur gouvernance : déçus des anciens, idéologues et trop sûrs d’eux, ils ont fait des castings pour choisir des gens neufs, jeunes et engagés pour composer le gouvernement et renouveler toutes les institutions du pays. Du jour au lendemain ! Un gouvernement de novices (sans expérience de gestion administrative, politique ni diplomatique) dans un pays en pleine crise sociopolitique !
A. Sadio Barry,
Président du parti Bloc pour l’Alternance en Guinée (B.A.G)
E-Mail : sadio.barry@guineepresse.info