Le Sénégal s’avance vers une zone de forte turbulence politique. Entre le président Bassirou Diomaye Faye, son nouveau Premier ministre et Ousmane Sonko désormais à la tête de l’Assemblée nationale, l’équilibre des institutions paraît de plus en plus fragile.

Le risque n’est pas seulement politique : il devient institutionnel. 

Quand l’exécutif et le législatif sont incarnés par des figures issues du même camp mais engagées dans une rivalité ouverte, la gouvernance peut rapidement se transformer en rapport de force permanent.

Un tandem devenu rivalité

Longtemps présentés comme un duo inséparable, Diomaye Faye et Ousmane Sonko donnent aujourd’hui l’image d’un pouvoir en recomposition. Le premier détient les leviers formels de l’État, tandis que le second conserve une influence politique, militante et parlementaire considérable.

Cette situation alimente les inquiétudes sur la capacité des deux hommes à travailler dans une logique de complémentarité. Plusieurs observateurs estiment que la rupture, désormais assumée dans les faits, pourrait ralentir les réformes et perturber la cohérence de l’action publique.

Les foyers de tension

Le premier point de blocage possible concerne le calendrier des réformes et des projets de loi. Si le gouvernement et l’Assemblée nationale ne parlent pas d’une seule voix, les textes essentiels pourraient être retardés, amendés ou politisés.

Le second foyer de tension tient à la discipline de la majorité. Une Assemblée dirigée par un ancien allié devenu rival peut rapidement devenir une tribune de pression, voire un espace de contestation interne. Dans ce cas, l’institution parlementaire ne joue plus seulement son rôle de contrôle, elle devient aussi un instrument de rapport de force.

Le troisième risque est plus large : celui d’une paralysie silencieuse. Même sans crise juridique ouverte, les institutions peuvent se gripper lorsque les lignes politiques divergent au sommet de l’État.

Ce que disent les juristes

Sur le plan du droit, les juristes rappellent que le Sénégal dispose d’un cadre institutionnel clair, avec une séparation des pouvoirs bien définie. Mais ils soulignent aussi qu’aucun texte ne peut remplacer la coopération politique entre les acteurs.

Pour plusieurs spécialistes, le vrai danger n’est pas un vide constitutionnel, mais une cohabitation conflictuelle entre institutions dirigées par des personnalités en compétition. Dans ce type de situation, le droit fixe les règles, mais il ne suffit pas à garantir l’apaisement si la volonté politique fait défaut.

Des voix du monde juridique, comme celles du Forum du Justiciable, insistent régulièrement sur la nécessité d’une gouvernance fondée sur la stabilité, la responsabilité et le respect des mécanismes institutionnels. L’idée dominante est simple : un État ne se dirige pas dans la confrontation permanente.

Une épreuve de gouvernance

Au fond, la question posée au Sénégal est celle de la maturité du pouvoir. Diomaye Faye et Ousmane Sonko peuvent soit transformer cette séquence en crise durable, soit réussir à clarifier leurs rôles pour préserver l’essentiel : la stabilité des institutions.

Si chacun veut incarner le centre réel du pouvoir, le pays risque d’entrer dans une logique de blocage. Si, au contraire, les prérogatives sont clairement assumées et respectées, l’État pourra avancer sans se laisser enfermer dans une rivalité stérile.

Le Sénégal se retrouve donc face à un test politique majeur. Plus que la Constitution, c’est la capacité des dirigeants à s’accorder sur les règles du jeu qui déterminera la suite.

Dassassa pour Billetdujour.com