Alors que le président sénégalais Diomaye FAYE met en avant un grand dialogue national censé apaiser les tensions et rassembler les acteurs politiques, l’Alliance pour la République (APR), le parti au pouvoir jusqu’en mars 2024, vient de torpiller officiellement cette initiative. Par la voix de ses dirigeants, l’APR a annoncé qu’elle rejette les consultations proposées par le chef de l’État et qu’elle boycottera le processus de dialogue national, qualifiant la démarche de « biaisée » et de « dénuée de sincérité ».

Depuis l’inauguration de Diomaye Faye, les observateurs s’attendaient à un rapprochement entre les principales formations historiques du pays, y compris les héritiers de l’ancienne majorité. Mais le discours de l’APR montre que les blessures politiques restent vives. Les dirigeants du parti de Macky Sall dénoncent un « dialogue à sens unique », où les réformes annoncées serviraient, selon eux, à affaiblir les anciens responsables du régime sortant plutôt qu’à construire une véritable gouvernance inclusive. Ils estiment que les critères fixés pour la participation excluent implicitement certains acteurs, ce qui rend le processus illisible aux yeux des citoyens.

Les responsables de l’APR précisent qu’ils ne refusent pas le dialogue en tant que tel, mais rejettent la manière dont il est encadré. Leur argument central tourne autour de la « légitimité et de la représentativité » des partenaires convoqués. Selon eux, les consultations ne prennent pas en compte la réalité des élections passées ni les résultats des derniers scrutins, ce qui, dans leur vision, vide le dialogue de son sens démocratique. Certains cadres de l’APR parlent même d’un « dialogue de façade », destiné à légitimer des décisions déjà prises en coulisse sans véritable concertation.

Le boycott de l’APR pourrait toutefois affaiblir le caractère national du processus. Le parti, longtemps au cœur de la vie politique sénégalaise, reste un interlocuteur incontournable pour une bonne partie de la société civile, des élus locaux et même de certains mouvements de la société organisée. Le risque serait que le dialogue de Diomaye soit perçu, y compris par certains de ses soutiens, comme une opération de communication plus que comme un véritable espace de négociation politique. Déjà, des voix s’élèvent pour demander une révision des modalités de convocation et une réelle inclusion de l’ensemble des forces vives.

En parallèle, les divergences internes à l’APR ajoutent une couche de complexité au bras de fer avec le pouvoir. Tandis que les cadres historiques refusent ostensiblement de s’asseoir à la table, des personnalités proches de l’ancien régime laissent entendre qu’un dialogue indirect ou une participation sous condition demeure envisageable, conditionnant leur engagement à des garanties explicites sur la neutralité des débats et la prise en compte des préoccupations de l’ancienne majorité. Cette tension interne risque de prolonger l’incertitude autour de la suite du processus.

Face à ce refus de l’APR, le président Diomaye et son entourage affirment rester ouverts à la discussion, tout en insistant sur la nécessité de respecter les nouvelles règles institutionnelles. Pour le pouvoir en place, le dialogue doit servir à consolider la transition vers ce qu’il présente comme une rénovation profonde de la gouvernance sénégalaise. Mais sans l’adhésion de l’APR et d’autres grandes formations, la légitimité de ce dialogue national reste en suspens, laissant planer une question centrale : peut‑on construire un compromis national en laissant de côté l’un des principaux acteurs politiques du pays ?

A-Tchol pour Billetdujour.com