Au Sénégal, la rupture est-elle consommée entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ? Depuis mardi 11 novembre au soir, un duel politique s’est ouvert sur la question de qui doit diriger la coalition « Diomaye Président », créée pour rassembler les soutiens à la candidature présidentielle de Bassirou Diomaye Faye en 2024. À l’époque, Ousmane Sonko ne pouvait pas y participer.

Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko s’adresse à ses partisans lors d’un rassemblement à Dakar, le 8 novembre 2025.
Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko s’adresse à ses partisans lors d’un rassemblement à Dakar, le 8 novembre 2025.

Au Sénégal, les deux hommes ne sont pas d’accord et le font savoir publiquement, principalement par voie de communiqués officiels, donnant le ton d’un bras de fer ouvert. Mardi 11 novembre au soir, le président Bassirou Diomaye Faye annonce la démission d’Aïssatou Mbodj, proche d’Ousmane Sonko et dirigeante de la coalition présidentielle, pour la remplacer par Aminata Touré, conseillère spéciale du président et coordinatrice de sa campagne électorale en 2024.

Ce mouvement constitue un premier désaveu pour Ousmane Sonko, qui affirmait samedi 8 novembre lors d’un meeting géant qu’« il n’y aurait pas de changement à la tête de la coalition ».

Ousmane Sonko n’était pas présent au Conseil des ministres ce 12 novembre. Officiellement en congé jusqu’à lundi prochain, le chef du gouvernement avait pourtant assisté à une cérémonie avec l’armée sénégalaise en début de semaine, son absence n’est donc pas passée inaperçue auprès des Sénégalais.

Comment ce bras de fer entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye va-t-il se poursuivre ? Face à ce qui ressemble à un recadrage du chef de l’État sénégalais, Ousmane Sonko a immédiatement réagi en convoquant une réunion de son parti, le Pastef, qu’il dirige. Dans un communiqué, le bureau politique du Pastef affirme que Bassirou Diomaye Faye « n’a pas le pouvoir de démettre » Aïssatou Mbodj, car il n’est pas le président de cette coalition. Le Pastef rejette également la candidature d’Aminata Touré, précisant que « nous ne partageons ni les mêmes valeurs ni les mêmes principes ». Un communiqué face auquel la présidence a gardé le silence.

Un bras de fer sur le pouvoir
Au cœur de ce différend : la question du pouvoir. Face aux critiques répétées et nominatives d’Ousmane Sonko, le chef de l’État semble chercher à reprendre la main.

Le communiqué publié mardi 11 novembre contredit directement une affirmation de Sonko, marquant ainsi une tentative du président de reprendre la main dans la gestion de la coalition et, plus largement, de l’État. C’est le sens du communiqué publié hier qui contredisait directement une affirmation de son Premier ministre.

Dans la presse, les analyses se multiplient sur l’impact de ce différend, sur la capacité du président à gouverner sans Sonko, à la fois Premier ministre, chef de parti et détenteur d’une légitimité populaire. Samedi, Ousmane Sonko l’a rappelé en rassemblant des milliers de partisans lors d’un meeting politique.

Pour bon nombre d’analystes, pas de doutes, le désaccord entre les deux têtes au pouvoir est profond et la crise institutionnelle évidente si le président et son premier ministre ne trouvent pas un terrain d’entente. « Sinon chaque collaborateur, chaque ministre, sera obligé de choisir son camp et ce sera compliqué » analyse le journaliste et politologue Assane Samb.

Dans l’immédiat, ces dissensions ont provoqué une nouvelle chute de la valeur des eurobonds ce 12 novembre (ces titres qui permettent d’emprunter de l’argent sur les marchés internationaux). « Les investisseurs sont préoccupés » résumait un opérateur économique sur les réseaux sociaux, évoquant « le spectre de l’instabilité politique » qui « s’ajoute à une situation économique et financière déjà tendue ».

Via Rfi