L’accident mortel survenu dans la nuit du 28 au 29 juin 2026 à Diarabaka, localité de la commune urbaine de Mamou, qui a coûté la vie à quinze personnes, dévoile une fois de plus les défaillances structurelles du système routier guinéen. Ce drame, impliquant un camion et une Renault 505, n’est pas un fait isolé mais la conséquence d’une régulation timorée, d’une application laxiste des règles et d’un manque criant de moyens opérationnels.

Les services chargés de la sécurité routière semblent empêtrés dans des procédures lentes et une culture administrative qui privilégie le constat au lieu de la prévention. Radars rares, contrôle technique insuffisant, postes de contrôle mobiles inexistants et campagnes de sensibilisation ponctuelles sans suivi : l’arsenal est connu mais son exécution fait défaut. Face à des pratiques à risque, surcharge, non-respect des temps de repos, véhicules en mauvais état, l’inaction ou l’incapacité des autorités à imposer des contrôles réguliers entretient une forme d’impunité.

Le ministère des Transports, qui détient les pouvoirs réglementaires et coercitifs, porte une lourde responsabilité. Si des textes existent, leur application reste irrégulière. Il manque des mesures concrètes et dissuasives : contrôles techniques obligatoires et fréquents, retrait de permis en cas de récidive, limitation stricte des heures de conduite pour les poids lourds et un suivi systématique des entreprises de transport assorti d’amendes substantielles et de suspensions d’agréments. Sans fermeté institutionnelle, l’économie du transport favorise le profit immédiat au détriment de la sécurité des usagers.

Les syndicats de transport, acteurs incontournables du secteur, sont également mis en cause. Plutôt que d’imposer des normes internes et d’exiger la formation continue des chauffeurs, certains tolèrent ou couvrent des pratiques dangereuses pour préserver des intérêts économiques. Ils devraient au contraire contractualiser des engagements clairs, contrôler leur application et sanctionner les manquements.

Les familles des victimes de Diarabaka subissent une double peine : le deuil et l’absence de réponses rapides et tangibles. Les circonstances exactes de la collision restent à élucider, mais les indices habituels surcharge, vitesse inadaptée, mauvais état mécanique, défaut d’éclairage ou de signalisation pointent vers des responsabilités partagées entre opérateurs privés, syndicats et autorités publiques.

Pour éviter la répétition de tels drames, des actions urgentes s’imposent : lancer une enquête publique indépendante et publier ses conclusions, déployer des contrôles techniques d’urgence, suspendre provisoirement les licences des transporteurs impliqués et multiplier les contrôles nocturnes. À moyen terme, il faut réformer le cadre réglementaire avec des sanctions effectives, doter la Police routière des moyens nécessaires, contractualiser des engagements avec les syndicats et investir dans l’infrastructure routière. Tant que l’État, les forces de sécurité routière et les syndicats n’assumeront pas des responsabilités claires et coercitives, la route restera un lieu d’impunité où la vie humaine continuera de payer le prix des économies mal régulées.

A-Tchol pour Billetdujour.com