L’ultimatum lancé par des groupes d’engagés contre la présence d’étrangers africains en Afrique du Sud est arrivé à expiration cette semaine, laissant derrière lui une atmosphère lourde de colère et de déception. Pour beaucoup d’observateurs, ce réveil des violences xénophobes sonne comme une trahison profonde : un pays pour lequel toute l’Afrique s’était mobilisée pour combattre l’apartheid et célébrer la solidarité panafricaine semble aujourd’hui tourner le dos à ses valeurs historiques.

Depuis l’annonce, des tensions se sont matérialisées par des manifestations, intimidations et quelques affrontements isolés dans des quartiers urbains déjà fragilisés par le chômage et les inégalités. Les victimes, souvent des commerçants maliens, zimbabwéens ou mozambicains…, racontent la peur d’être désignés boucs émissaires d’une crise économique qui dépasse les frontières. Témoignages et images circulent, rappelant les épisodes meurtriers du passé et alimentant l’indignation à travers le continent.

Aux dires des observateurs, l’État sud-africain n’a pas déployé de réponse législative et opérationnelle suffisante. Les promesses répétées d’une loi anti-xénophobie restent lettre morte, et les actions engagées paraissent trop souvent des coups d’épée dans l’eau, exercices de communication aux effets limités. Face à l’escalade, la police est accusée d’interventions tardives et d’un manque de protection durable pour les populations étrangères ciblées.

La communauté internationale et les voisins africains observent avec inquiétude. Plusieurs voix appellent Pretoria à traduire en actes ses engagements historiques : adoption urgente d’un cadre légal clair contre la xénophobie, renforcement des mesures de protection des victimes, et campagnes nationales d’éducation et de réconciliation. Sans réponses fortes et visibles, le risque est grand de voir ces épisodes isolés devenir un cycle de violence et d’exclusion.

L’heure est à la responsabilité politique et morale. Le souvenir de la solidarité africaine contre l’apartheid ne peut rester un symbole vide. Pour la stabilité régionale et l’honneur de ses valeurs, l’Afrique du Sud doit agir vite et montrer qu’elle n’abandonne pas les principes qui ont fait d’elle, hier, le phare de la lutte contre l’injustice.

A-Tchol pour Billetdujour.com