Depuis le lundi 20 septembre 2026, la Guinée applique sur l’ensemble de son territoire l’interdiction des emballages et objets en plastique à usage unique : sacs de caisse, sachets d’eau et de boissons… en polystyrène sont désormais prohibés, avec contrôles et sanctions à la clé.  Si la mesure est saluée comme un pas décisif pour l’assainissement et la protection de l’environnement, son entrée en vigueur concrète se heurte à une adhésion citoyenne encore timide, entre habitudes tenaces, alternatives perçues comme coûteuses et craintes économiques.

Le cadre juridique repose sur un décret de septembre 2024, complété par un arrêté conjoint publié début septembre 2026 par les ministères de l’Environnement, de l’Industrie et du Commerce, de l’Économie et des Finances, et de l’Administration du territoire.  Le texte interdit la fabrication, l’importation, la détention en vue de la commercialisation et l’utilisation des produits ciblés, et rappelle l’interdiction de tout dépôt sauvage dans les réseaux d’assainissement, les cours d’eau et les espaces publics.

Certaines exceptions restent autorisées sous conditions : usages médical, agricole et militaire, sacs pour la collecte des ordures ménagères, bouteilles en PET, et filmage de sécurité des bagages dans les aéroports et gares.  Pour les unités industrielles locales produisant des plastiques à usage unique, la date limite de mise en conformité est fixée au 20 septembre 2026, sans nouvelle prorogation.

Dans les marchés et les rues : un soutien de principe, mais des résistances pratiques

Dans les marchés de Conakry et d’autres villes, de nombreux consommateurs disent approuver l’objectif de lutter contre l’insalubrité et les déchets plastiques qui envahissent caniveaux et voiries.  Mais, à quelques jours de l’entrée en vigueur, les avis recueillis par notre rédaction montraient déjà des nuances : soutien à la logique environnementale, mais demande que les solutions de remplacement (sacs réutilisables, emballages biodégradables, contenants consignés) restent abordables et facilement disponibles.

Pour certains vendeurs et petits commerçants, le sachet plastique reste un outil de travail quotidien, peu cher et pratique pour conditionner l’eau, les jus, les aliments ou les marchandises.  La perspective de devoir acheter ou faire acheter des alternatives plus onéreuses fait craindre une hausse des coûts reportée sur le client, dans un contexte où le pouvoir d’achat est déjà sous pression.

L’interdiction touche aussi toute une chaîne de petits métiers : collecteurs, revendeuses de sachets, petits transformateurs et unités locales qui vivaient, directement ou indirectement, de ces produits.  « Nous n’avons que cette activité », résume une collectrice interrogée au moment de l’entrée en vigueur, exprimant la peur de se retrouver sans revenu du jour au lendemain.

Des organisations de défense des consommateurs et des acteurs économiques ont réclamé, avant le 20 septembre, un moratoire ou un calendrier plus progressif, arguant que les alternatives crédibles ne sont pas encore massivement disponibles sur le marché.  Pour eux, l’interdiction sans filet social ni accompagnement industriel risque de pénaliser d’abord les plus vulnérables.

Face à ces inquiétudes, les autorités ont multiplié les appels à la sensibilisation dans les jours précédant l’échéance : campagnes radio et télévision, messages dans les administrations, et incitation à montrer l’exemple dans les ministères et services publics.  Le gouvernement insiste sur le fait que la période de tolérance pour l’écoulement des stocks est terminée depuis mars 2025 et qu’aucune nouvelle dérogation ne sera accordée.

Dans le même temps, des initiatives concrètes sont mises en avant, comme la remise de centaines de poubelles au ministère de l’Environnement pour améliorer la collecte des déchets, présentée comme un maillon complémentaire de la lutte contre les plastiques.  Reste que, sur le terrain, la perception d’un manque de communication claire et d’un accompagnement insuffisant continue d’alimenter le scepticisme d’une partie de la population.

Pourquoi cette bataille contre le plastique est cruciale pour la Guinée

Au-delà des difficultés de transition, l’enjeu environnemental est majeur. Les plastiques à usage unique s’accumulent dans les caniveaux, aggravent les inondations en saison des pluies, étouffent les écosystèmes aquatiques et contaminent les sols et les cours d’eau.  En interdisant ces produits, la Guinée cherche à réduire la pollution visible qui dégrade le cadre de vie à Conakry et dans les grandes villes, mais aussi à limiter les risques sanitaires liés aux eaux stagnantes et aux déchets mal gérés.

À plus long terme, la mesure vise à encourager une économie plus circulaire : réutilisation des contenants, développement d’emballages biodégradables ou recyclables, et meilleure organisation de la collecte et du tri.  Si la transition est socialement coûteuse à court terme, elle ouvre la voie à un environnement plus sain, des villes plus résilientes face aux pluies et aux inondations, et une image du pays plus conforme aux engagements internationaux sur le climat et la pollution plastique.

L’interdiction des sachets et objets plastiques à usage unique en Guinée est avant tout un pari de santé publique et de préservation de l’environnement : moins de déchets dans les rues et les cours d’eau, moins de risques d’inondations aggravées par les caniveaux bouchés, et un cadre de vie plus propre pour les générations futures.  Pour que ce pari soit pleinement réussi, il devra s’accompagner d’alternatives accessibles, d’un soutien aux acteurs économiques touchés et d’une pédagogie continue, afin que la contrainte d’aujourd’hui se transforme, demain, en réflexe collectif en faveur d’une Guinée plus verte.

A-Tchol pour Billetdujour.com