Dans un discours prononcé à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a une nouvelle fois dénoncé l’absence de représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité.  « Lorsque l’ONU a été fondée, la majeure partie de l’Afrique était encore sous domination coloniale. Aujourd’hui, l’Afrique ne dispose toujours pas de représentation permanente au Conseil. Un Conseil de sécurité du XXIe siècle sans sièges permanents pour l’Afrique est injuste et indéfendable », a-t-il martelé.

 

Ce constat résonne d’autant plus fort que près de 70% de l’ordre du jour du Conseil de sécurité concerne aujourd’hui l’Afrique, alors que le continent ne dispose d’aucun siège permanent.  L’Afrique, qui compte 54 États membres à l’ONU, n’occupe que trois sièges non permanents, renouvelés tous les deux ans, sans droit de veto.

 

Une réforme jugée « anachronique »

Pour Guterres, la composition actuelle du Conseil de sécurité reflète un ordre géopolitique hérité de 1945, qui exclut l’Afrique de la catégorie des membres permanents.  « Le système actuel a été mis en place en 1945, alors que l’Afrique ne comptait que trois ou quatre membres à l’ONU. Elle en compte aujourd’hui 54 et n’a pas un seul membre permanent au Conseil de sécurité », rappelle-t-il.

 

L’Union africaine considère cette situation comme une « injustice historique » et réclame depuis des années au moins deux sièges permanents, assortis des mêmes droits que les autres membres permanents, y compris le veto.  « Il n’est pas normal qu’au Conseil de sécurité des Nations unies, l’Afrique ne dispose d’aucun siège permanent depuis plus de quatre décennies », insiste le ministre togolais Robert Dussey.

 

Un appel à une refonte de la gouvernance mondiale

Au-delà du Conseil de sécurité, Guterres appelle à une réforme plus large des institutions internationales, notamment financières, pour qu’elles reflètent mieux le poids démographique et économique de l’Afrique.  « L’Afrique a besoin d’une présence permanente au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, où elle pourra contribuer au dialogue et à l’action pour le monde entier », a-t-il déclaré lors d’un événement dédié au continent.

 

Pour le secrétaire général, « cela fait 80 ans que l’Afrique est exclue des décisions les plus cruciales pour la paix et la sécurité mondiales, alors qu’elle en est souvent la première concernée ».  Une situation qu’il qualifie de « discrimination institutionnelle » et de « modèle inachevé » qu’il faut corriger d’urgence.

 

Une mobilisation africaine renforcée

À New York, la délégation de l’Union africaine, menée par son président Mahmoud Ali Youssouf, a fait de cette réforme l’une de ses priorités pour l’Assemblée générale 2026.  Plusieurs chefs d’État africains, dont le président ghanéen, ont également estimé que l’exclusion de l’Afrique du nombre des membres permanents « n’est plus admissible ».

 

Alors que les cinq membres permanents actuels (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) restent opposés à tout élargissement du droit de veto, la pression monte pour une refonte du Conseil de sécurité.  Pour Guterres, il n’y a pas de temps à perdre : « Un Conseil de sécurité du XXIe siècle sans sièges permanents pour l’Afrique est injuste et indéfendable. »

 

Transcription Billetdujour.com