Le président Mamadi Doumbouya a nommé, par décret rendu public le jeudi 15 octobre, Mohamed Bangoura, dit « Bangs », expert en communication, au poste de directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP). Il succède à Aladji Cellou Camara, limogé puis placé sous mandat de dépôt dans une affaire de présumées malversations financières.

La nomination intervient alors que l’OGP traverse l’une des périodes les plus troubles de son histoire récente. Son ancien directeur général, Mandian Sidibé, avait été détenu à partir de décembre 2024 dans un dossier instruit par la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), avant d’être remis en liberté en juillet 2026, le dossier ayant été renvoyé.

Son successeur, Aladji Cellou Camara, a connu un sort encore plus brutal : limogé fin juin 2026 avec son directeur général adjoint, Jean-Marie Soriba Coumbassa, il a été incarcéré à la Maison centrale de Coronthie le 9 juillet 2026 avec trois autres cadres de l’institution, dans le cadre d’enquêtes portant sur des soupçons de détournement de deniers publics, de corruption et d’autres infractions économiques.

Son ancien adjoint, Jean-Marie Soriba Coumbassa, avait été écroué une semaine plus tôt et inculpé notamment pour détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité.

Un défi de gouvernance, pas seulement de communication

Mohamed Bangoura arrive donc à la tête d’un établissement public dont la réputation a été fortement écornée par des affaires judiciaires successives. Son premier défi ne sera pas seulement de relancer l’activité publicitaire et la visibilité de l’Office, mais de restaurer la confiance des annonceurs, des partenaires et de l’opinion publique.

Pour éviter que l’OGP ne revienne dans de tels travers, plusieurs mesures paraissent indispensables :

Séparer clairement les pouvoirs entre la direction générale, la direction financière et le contrôle interne, afin qu’aucun responsable ne concentre les décisions d’engagement, de paiement et de validation.

Mettre en place une comptabilité transparente, avec des procédures écrites d’appels d’offres, de facturation, de recouvrement et d’archivage des contrats.

Auditer immédiatement les contrats en cours, notamment les partenariats publicitaires, afin d’identifier les engagements irréguliers, les créances douteuses ou les conflits d’intérêts.

Publier régulièrement des rapports de gestion, sur les recettes, les dépenses, les marchés attribués et l’état des créances, sous réserve des règles de confidentialité commerciale.

Renforcer le contrôle externe, en coopérant pleinement avec l’Inspection générale des finances, la Cour des comptes et, lorsque cela s’impose, la CRIEF.

Protéger les lanceurs d’alerte et les agents, pour que les irrégularités puissent être signalées sans crainte de représailles.

Professionnaliser les ressources humaines, en évitant les recrutements discrétionnaires et les promotions fondées sur la proximité plutôt que sur les compétences.

En tant qu’expert en communication, Mohamed Bangoura dispose d’un atout pour moderniser l’image de l’OGP et séduire de nouveaux annonceurs. Mais son expérience sera surtout jugée sur sa capacité à imposer des règles claires : contrats traçables, paiements justifiés, recettes sécurisées et décisions collégiales.

La tâche est d’autant plus sensible que les précédents dirigeants de l’Office ont été directement confrontés à la justice. Pour Mohamed Bangoura, la meilleure stratégie de communication sera donc d’abord la preuve par la gestion : une administration prévisible, auditée et rendant compte publiquement de ses actes.

A-Tchol pour Billetdujour.com