Le président de la République, le général Mamadi Doumbouya, a signé un décret visant à réguler strictement la filière aurifère en Guinée. Lu vendredi 3 juillet à la télévision nationale, le texte institue une période transitoire de 90 jours au terme de laquelle l’exportation de l’or brut sera interdite. Cette décision, présentée par le gouvernement comme un moyen de mieux contrôler les ressources nationales, marque un tournant radical dans la politique minière du pays.

Une rupture annoncée

Le décret vise à encadrer de bout en bout la chaîne de valeur de l’or : de l’extraction à la transformation et à la commercialisation. Pendant les 90 jours de transition, autorités et acteurs de la filière auront le temps de s’organiser, selon le communiqué officiel. Passé ce délai, seules seront autorisées les exportations d’or ayant subi une première transformation sur le sol guinéen, ou celles provenant de circuits dûment agréés et traçables.

Motivations affichées et enjeux économiques

Le gouvernement justifie la mesure par la volonté de lutter contre la fraude, l’orpaillage illégal, le financement illicite et la perte de revenus pour l’État. En limitant l’exportation de l’or brut, l’exécutif espère favoriser la création d’emplois locaux, développer les capacités de transformation nationale et accroître la part des recettes fiscales captée par l’État. Pour les autorités, il s’agit aussi d’améliorer la traçabilité des minerais et de répondre aux normes internationales contre le financement du crime organisé.

Réactions immédiates des acteurs

La décision suscite déjà des inquiétudes dans le secteur. Les exportateurs et certaines entreprises minières mettent en garde contre des perturbations logistiques et financières, rappelant que la Guinée dépend encore largement des filières d’exportation brute et que les infrastructures de transformation sont insuffisantes. Les petits orpailleurs, souvent informels, risquent d’être fortement impactés si des alternatives concrètes ne leur sont pas proposées.

Risques et défis

L’application du décret pose plusieurs défis : renforcement du contrôle aux frontières et des inspections, montée en puissance des capacités de raffinage national, et mise en place de mécanismes de suivi pour éviter une nouvelle poussée de contrebande. Sur le plan social, la transition devra être accompagnée pour limiter les ruptures de revenus des communautés minières et prévenir les tensions locales.

Ce que demandent les observateurs

Experts et organisations de la société civile appellent à la clarté et à la concertation : publication des textes d’application, calendrier précis des mesures d’accompagnement, soutien technique aux unités de transformation et garanties de traçabilité. Sans feuille de route crédible, le risque d’effets pervers contournement par des circuits illégaux, pertes d’emplois, baisse des recettes reste réel.

Vers une refonte de la filière

Le décret de Mamadi Doumbouya ouvre une nouvelle ère pour l’or guinéen : ambition de valorisation locale et de souveraineté économique d’un côté, contraintes opérationnelles et risques immédiats de l’autre. Les 90 jours à venir seront déterminants pour juger de la capacité de l’État à transformer cette annonce spectaculaire en gains durables pour la Guinée.

A-Tchol pour Billetdujour.com